La chronique de l'invité du mois : Le fabuleux destin d'Amélie Poulain

La chronique de l’invité du mois : Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

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Le fabuleux destin d’Amélie Poulain est à ce jour mon film préféré, celui que je pourrais regarder une fois par semaine parce que je sais quelle source de bien-être il est.
C’est donc avec grand plaisir – et aussi avec beaucoup d’appréhension car il est toujours difficile de trouver les mots justes pour exprimer les émotions suscitées par un film – que je viens vous en parler ici. La rêveuse que je suis sera peut-être encore taxée de naïve mais qu’importe. Merci Pierrette !


Le fabuleux destin d’Amélie Poulain est pour moi comme une sucrerie : quelque chose de doux qui vous met du baume au cœur.


Amélie Poulain est une rêveuse. Après une enfance solitaire où son seul ami réel était un poisson rouge suicidaire, elle quitte le foyer et s’en va à Paris pour travailler en tant que serveuse aux Deux Moulins. Comme le fait remarquer la voix off – André Dussolier – « le temps n’a rien changé » : Amélie vit toujours dans son monde, seule. Cela change lorsqu’elle apprend la mort de Lady Di : surprise par cette nouvelle tragique, elle en échappe le bouchon de son flacon de parfum qui vient cogner contre un carreau de sa salle de bain derrière lequel se cache un « trésor ».

Amélie découvre une petite boîte dans laquelle sont entreposés des souvenirs d’enfance qu’un garçon avait cachés quarante ans plus tôt. Elle décide de retrouver le propriétaire de ce trésor et se laisse deux options : s’il est ému, elle commence à se mêler de la vie des autres, sinon tant pis. Face aux larmes de joie de Dominique Bretodeau (et non Bredoteau) : Amélie a pris sa décision.

Commencent alors ses tentatives pour remédier aux problèmes de ses voisins et collègues : briser la solitude de Raymond Dufayel, peintre cloîtré chez lui à cause de la maladie des os de verres ; redonner espoir à la concierge de son immeuble qui a perdu son amour de jeunesse dans un crash d’avion ; soutenir Lucien, victime des humiliations quotidiennes de son employeur, l’épicier … Si Amélie intervient dans la vie des autres pour y remettre un peu d’ordre, elle demeure dans la solitude. Un jour, par hasard, à la gare, elle rencontre un jeune homme à quatre pattes en train de récupérer les morceaux de photos d’identité sous le Photomaton. Par un concours de circonstances, elle récupère l’album de Nino Quincampoix, véritable trésor où sont reconstituées des centaines de photos d’identité ratées : elle a entre les mains l’objet d’un rêveur. Amélie partage alors son temps entre aider les autres et se lier – grâce à des stratagèmes – à Nino.

Dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Jean-Pierre Jeunet s’intéresse aux êtres un peu décalés, aux rêveurs (comme il le refera dans Micmacs à tire-larigot en 2009) et aux petites gens et nous offre une histoire simple, légère et pourtant tellement réjouissante.
Pourquoi ce film est une petite merveille ? Tout d’abord, la photographie dans les tons jaunes, rouge et vert donne un aspect ancien et chaud à la fois et participe à la création de ce monde qui oscille entre réalité et imagination.

Ensuite, la bande son est un bijou :Yann Tiersen sait mieux que personne nous emporter, nous soulever au rythme des notes, on se laisse transporter dans ce Paris à l’aspect irréel. Le film doit beaucoup à cette légèreté et parfois cette mélancolie que confère la musique de Tiersen. Rajoutons à cela, la voix grave d’André Dussolier qui nous plonge dans cette ambiance de conte.

Par ailleurs, j’aime particulièrement le goût du détail de Jean-Pierre Jeunet : les petits plaisirs de la vie, les zooms sur des moments importants ou anodins de la vie d’inconnus …

Plonger la main au plus profond d’un sac de grains

Tous ces éléments confèrent à ce film un côté très réaliste : le spectateur se sent proche des personnages, c’est un peu un zoom que Jean-Pierre Jeunet fait sur notre propre existence.

La prestation d’Audrey Tautou y est d’une justesse époustouflante. Elle diffuse cette douceur et cette chaleur avec une telle sincérité qu’on aurait du mal à y rester insensible. Serge Merlin – l’homme aux os de verre – et Jamel Debbouze – l’employé de Collignon – sont également épatants.

Le peintre aux os de verre, Raymond Dufayel

Lucien et « sa façon délicate de saisir les endives comme si c’était des objets précieux qu’il devait manipuler avec respect ».

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain offre une vision douce et champêtre de Paris, loin des rumeurs et de la frénésie de la ville. On y arpente les escaliers de la butte Montmartre, on fait un tour à la Foire du Trône, on fait une pause au Café Les Deux Moulins, on sillonne les gares …

Le vent qui s’engouffre sous les nappes d’une table au Moulin de la Galette

Par tous ces aspects, ce film m’enchante. Mais, ce qui fait qu’il est comme une sucrerie c’est bien cette douceur et cette gaieté qu’il communique. A mon sens, il a cette capacité de toucher tout le monde parce qu’il traite d’un thème important : l’amour. Le fabuleux destin d’Amélie Poulain véhicule cet altruisme, cette ouverture aux autres qu’Audrey Tautou incarne si bien. Une vague d’optimisme et de gaieté m’envahit à chaque fois que je le regarde. Il est empli de poésie et une fois regardé, je me sens comme Amélie Poulain après avoir rendu le trésor d’enfance à son propriétaire : en harmonie totale avec moi-même, un sourire béat aux lèvres et une envie de partager.

Justine

« Amélie a soudain le sentiment étrange d’être en harmonie totale avec elle-même. Tout est parfait en cet instant. La douceur de la lumière, ce petit parfum dans l’air, la rumeur tranquille de la ville. Elle inspire profondément et la vie lui paraît alors si simple et si limpide qu’un élan d’amour comme un désir d’aider l’humanité entière la submerge tout à coup. »