Fargo (la série)

Fargo (la série)

Dans le genre on trouve vraiment de tout dans les congères.

Fargo, la série. Celle – là, je peux vous assurer que je l’attendais au tournant.

Il faut dire que le Fargo des Frères Coen (dont elle est librement inspirée) fait partie de ces longs – métrages qui m’ont marqués de manière indélébile, que j’ai adorés, fait miens, qui ont façonnés la cinéphile en herbe que j’étais à l’époque de leurs sorties (au même titre que Pulp Fiction, La haine et bien d’autres), qu’il définit le genre de mètre étalon sur pellicule dont je n’aurais pas supporté qu’on bafoue la précieuse essence.

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Lester Nyggard est un paisible assureur, un rien falot. Originaire du Minnesota, il n’a jamais quitté sa contrée, épousant celle qu’il avait rencontrée au lycée. Il mène depuis une existence étriquée entre sa femme qui le considère comme le dernier des incapables, son boulot et les rencontres fortuites avec Sam Hess, ancien camarade d’école, pour lequel il constitue toujours le souffre – douleur idéal.

Lorne Malvo, tueur à gages à la philosophie aussi discutable que la coupe de cheveux, est venu honorer un contrat dans les parages. Au détour d’une salle d’attente, les 2 vont tailler le bout de gras et sans qu’il ait vraiment eu le temps de le réaliser, Lester commandite l’assassinat de son persécuteur historique. Tout cela passerait certainement inaperçu sans l’opiniâtreté de l’agent Molly Solverson et l’arrivée de deux hommes de main particulièrement obstinés.

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Quelle joie de constater que toute la substance de Fargo a été préservé !! Tragi – comique, touches d’humour noir, personnages pouvant se révéler abjects et désarmants dans le même temps, rien ne manque. Tout en proposant un projet qui plonge ses racines dans la genèse du long – métrage, le scénariste – réalisateur Noah Hawley (sous la houlette vigilante mais bienveillante des producteurs Joel et Ethan Coen) livre sa propre version, épaississant une intrigue, insufflant de nouveaux enjeux.

Le résultat est à la hauteur du challenge : jouissif, immoral, décapant.

Il ne vous sera pas nécessaire d’avoir vu au préalable le film pour apprécier la série. Néanmoins, il est certain qu’en procédant dans cet ordre, vous ne vous délecterez que davantage des similitudes et des clins d’oeil (musicaux et autres) distillés en cours de route.

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Les étendues du Midwest, perpetuellement recouvertes d’épaisses couches de neige, confèrent également à la série son atmosphère si particulière, où la désolation des extérieurs se confronte à l’ambiance douillette des intérieurs (et où partout, les pires horreurs se trament).

Concernant la distribution, Noah Hawley et son équipe ont fait du très bon boulot, dévalisant ce que le cinéma et la télévision comptent de chouettes comédiens : Keith Carradine, Bob Odenkirk*, Colin Hanks**, Kate Walsh (formidable en veuve alcoolo moyennement éplorée) et Allison Tolman (dont c’est le premier rôle).

Je ne peux pas passer sous silence les prestations d’Adam Goldberg et Russel Harvard dans un duo absolument impayable.

Enfin, ceux qui sont au centre de cette histoire :

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Billy Bob Thornton, acteur au parcours inégal mais dont le potentiel n’est plus à prouver, à qui le costume de Lorne Malvo va comme une veste en poil de chameau (mais il faut dire qu’il connaît bien l’univers des Frères Coen, il a tourné dans plusieurs de leurs productions). Étrangement anachronique, hilarant sans avoir besoin de lever un sourcil, il livre ici une de ses meilleures performances.

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Martin Freeman, indissociable partenaire de Sherlock, prêt à débouler très prochainement dans le dernier volet des aventures du Hobbit, trouve dans Fargo l’espace qui lui avait jusque – là manqué pour démontrer toute l’ampleur de sa palette de jeu. Offrant l’aspect de la victime idéale, excellant lorsqu’il s’agit de montrer un homme dépassé par les événements, le comédien anglais vous ravira par sa fourberie.

Avec Fargo, vous allez découvrir une autre manière d’occuper pleinement les longues soirées d’hiver.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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La première saison est visionnable par le biais du grand ogre Netflix (si l’idée vous rebute, reste toujours la solution du téléchargement illégal), une deuxième, sous forme de prequel***, est déjà sur les rails.

* : Bob Odenkirk aura fait les beaux jours de la série Breaking Bad en interprétant l’avocat véreux Saul Goodman. On le retrouvera bientôt dans le spin – off,  Better call Saul.

** : Colin Hanks, contrairement à son illustre paternel Tom, connaît pour l’instant moins de succès au cinéma mais s’illustre à la télévision, dans Dexter notamment.

*** : Un prequel, quoi qu’est – ce ? Un prequel est un film ou un livre dont l’histoire précède une œuvre déjà existante et qui se concentre sur les événements se déroulant avant celle – ci.

On rencontre souvent ce format au pays des super – héros, comme dans X – Men le commencement sorti plus de 10 ans après X- Men et racontant pourtant l’origine des mutants.

Le terme n’est évidemment pas à confondre avec un spin – off (film ou série qui se focalise sur un personnage secondaire d’une œuvre précédente, en conservant le même univers) ou un reboot (qui désigne une nouvelle version). En sachant qu’un long – métrage peut combiner plusieurs appellations, on ne remerciera jamais assez ces bien (in)utiles dénominations !