Le monde selon mon canapé : rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se recycle !

Le monde selon mon canapé : rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se recycle !

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Pendant des siècles, quand un artiste avait une œuvre en tête, il choisissait sa voie et puis basta, il s’y mettait et il s’y tenait. On savait tout de suite à quoi on avait à faire : une peinture, une musique, une pièce de théâtre, une sculpture, une chanson, un poème … A ce que je sache, Homère a écrit ses longs récits en vers, il n’a pas sorti en même temps « L’Odyssée pour les nuls » en version BD, en plus de la comédie musicale en tournée tout l’été dans les villes hellènes …

Mais ça, c’était avant. Avant que le XXème siècle n’invente le recyclage.

Ouais, le recyclage … encore une belle connerie que cette invention entre nous. Enf… d’écolos, vous n’aurez pas mon 4 /4, jamais !!

( Hum… veuillez excuser ce moment d’égarement politiquement incorrect. On me dit à l’oreille que je dois faire un démenti. Soit… *raclement de gorge* «Chers lecteurs, je le dis sans pression aucune : j’aime l’écologie ! La preuve : j’ai un ami qui m’a dit un jour avoir failli voter écolo, c’est dire mon ouverture d’esprit … » voilà, rassurés ? bien, reprenons…)

Au début donc, le recyclage c’était tâtonnant. Dès 1922, Murnau ouvre la voie en se disant que ce serait  cool de penser aux illettrés et d’adapter le roman de Stocker au cinéma : Dracula (appelé Nosferatu pour des histoires de droit, déjà à l’époque …). Après, ce film marche aussi pour les sourds, vu qu’on n’entend rien, à part un piano bien flippant dans la version remasterisée …

Bien plus tard les séries débarquent dans nos vies, et certaines captent un énorme capital sympathie dans le monde entier. Evidemment,  les vieux charognards que sont les producteurs ciné et télé reniflent l’odeur du billet vert : au nom du transgenre, brisons les frontières, réchauffons les vieilles soupes et remplissons-nous les poches ! Adaptons des séries au cinéma, transformons des blockbusters en séries, faisons voyager nos acteurs d’un monde à l’autre, tels des espions transfuges dignes d’un John Le Carré …

Donc aujourd’hui, mon canapé, comme le ferait le Tardis du Dc Who (en voilà une excellente série bien barrée d’ailleurs !), vous emmène dans le monde du réchauffé : les adaptations des séries au cinéma (et son contraire : quand le cinoche-cigale vient demander asile à la télé-fourmi

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Des séries vers le cinéma … beaucoup de flops

Je commence d’emblée par évacuer le problème des séries « hybrides» comme Twin Peaks, True detective, Carlos, Les beaux mecs

Ce sont des petits bijoux, certes, mais ce sont surtout des très longs métrages diffusés à la télé et qui durent entre 3 et dix heures… Ces séries n’ont qu’une saison et une seule, car elles sont closes, on n’aura pas de suite possible (et ne me parlez pas de la saison 2 de True detective, car c’est juste un reboot de la licence, on aura deux nouveaux héros, un nouvel univers… et comme ils ont pris Colin Farrel, ce sera un bide, car ce gars est l’acteur le plus poissard du moment, c’est comme ça…)

Non, je veux parler des séries « faciles » auxquelles nous avons été élevées, celles dont on connaît par cœur les épisodes à force de rediffusion qui nous ont fait friser l’overdose. Rien qu’aux premières note du générique, on sait ce qu’on va avoir, c’est comme enfiler une vieille paire de pantoufles, on rentre dedans avec joie, on sait qu’aucune mauvaise surprise ne surgira au coin d’un épisode. Une série facile et sans prétention, c’est aussi bien qu’une heure de sauna, mais en moins chère…

Le problème, c’est quand des ostrogoths obnubilés par le fric décident d’en faire un long-métrage, mais qu’ils n’ont jamais eux-mêmes regardé ladite série. Ils se disent seulement : « bon, d’habitude, ils ont ça gratuitement chez eux, faut absolument les pousser à claquer 8 euros pour qu’ils aillent le voir au ciné ». Oui, sauf qu’un film, on y va souvent à deux minimum, on prend la bagnole, parfois on paie une saleté d’horodateur, on se prend un pop corn (bah ouais, quoi ? on va au ciné ou on va chez mémé ?), bilan des courses : on s’approche des 30 euros… Et pour aller voir quoi ?

Starsky et Hutch, Chapeau melon et bottes de cuir, les mystères de l’ouest (wild wild west pour les fans de Will Smith…), Miami Vice, l’Agence tous risques, 21 Jump Street, Mission impossible, Star Treck (je veux dire LES trop nombreux Star Trek ciné, voir au hasard l’allumage d’un confrère ici…), Belphégor.

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Disons le tout net, pour éviter tout malentendu : ce ne sont que des merdes (qui ont plus ou moins marché), au vu des séries d’origine. Car justement, rien n’est d’origine : ni les acteurs, ni les scénaristes, ni l’esthétique, ni l’esprit. Ce sont juste des faux.

Pourquoi tant de haine ? C’est simple : à chaque fois la production se goure et croit que le public attend une surenchère d’acteurs en vue, de scènes de destruction massive, d’effets spéciaux à couper le souffle, de scènes de cul lourdingues, de plans machiavéliques du méchant disproportionnés par rapport à ce que doit déjouer le héros d’habitude… alors que justement, ce qui plaisait tant dans les séries d’origine, c’était le côté un peu cheap, un peu désuet, un peu ringard, un peu tiré par les cheveux, la bonne réplique facile à tel moment convenu de l’histoire, un refrain musical à 3 sous, une simple mimique, trois fois rien souvent …

Ces séries, c’était comme des frites bien grasses et recouvertes de mayonnaise, qu’on mangeait avec les doigts dans un cornet, avec les copains. Une petite madeleine de Proust grand public… Or là, on nous fourgue des frites surgelées sans goût dans des assiettes en porcelaine et des couverts en argent en nous disant que c’est encore meilleur ! Et non, ce n’est pas du tout vrai ! C’est du m’as-tu-vu de nouveaux riches, et les gens, ça ne leur plaît pas, tout simplement.

Après, il existe un autre type d’adaptations ratées, où tout est d’origine et pourtant on se sent un peu déçu : celles où l’on vous file juste un simple épisode rallongé d’une demi-heure ou d’une heure, comme un café fadasse coupé à l’eau, acheté sur une station d’autoroute et que vous buvez, espérant vaguement que ça va vous aider à retrouver un peu de pêche au volant. Ces films ne sont que des épisodes de plus, hors saison, c’est tout. Ca ne vaut pas une place de ciné, point barre. Des exemples?

X Files, les Simpsons, Sex and the city, Bob l’éponge, Battlestar Galactica … 

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… et quelques tops !

Fort heureusement, parfois, il y a de vraies réussites quand même dans les adaptations : Charlie’s angels (Drôles de dames), les incorruptibles, Vidocq, L’homme invisible (qui ne vient pas de la série comme le croient beaucoup de gens, mais du roman assez pessimiste de HG Wells), Zorro (avec A Banderas)…

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Pourquoi ceux-là ont-ils grâce à mes yeux ? Mais parce que leurs réalisateurs ont compris que le nom du film ne fait pas tout, que le public attend une histoire différente et captivante s’il va au ciné, des acteurs au taquet qui vont devoir trouver leur propre ton … Bref, s’ils ont marché ces films, c’est parce que ce sont d’abord de vrais films, peut-être pas géniaux mais bons, avec un scénar béton, des acteurs de talent, une BO de qualité, une réalisation léchée … avant d’être des adaptations de séries télévisées passe-partout.

Plus largement, vous voulez un hommage à un genre, plus qu’à une série particulière ? Regardez Galaxy Quest ! Voilà un film intelligent, qui réussit l’exploit de rendre ses lettres de noblesse aux vieilles séries de SF comme Star Trek, tout en proposant une histoire originale, forte et drôle. Ce film ne se prend pas au sérieux (avec des acteurs qui pètent le feu, Sigourney Weaver en tête …), il n’essaie pas de nous asséner des trucs pseudo – métaphysiques à 3 balles dont on n’a rien à secouer, comme le fait avec constance JJ Abrams (je me suis tapé l’intégrale de Lost l’été dernier, je sais de quoi je parle, hélas …)

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Un autre exemple d’hommage transgenre ? Une chanson, une simple chanson résume bien toute la séduction que pouvait exercer les héroïnes de Chapeau melon et bottes de cuir sur nos inconscients pré-pubères: Emma, des Bretons de Matmatah ! Ecoutez la, et vous serez de nouveau dans l’esprit de la série… en tout cas bien mieux qu’avec le film qui est un nanar affligeant (et Uma Thurman aurait mieux fait de se casser une jambe plutôt que de signer pour ce navet…)

Du grand écran vers le petit…

Le 7eme Art est peut-être un art majeur, mais il ne dédaigne pas, quand ça l’arrange, d’aller cachetonner vers le monde des séries, longtemps méprisé, quand les fins de mois sont difficiles. On ne compte plus les « grands » acteurs de ciné partis vers la télé, exigeant de voir leur nom au générique sous l’appellation « guest star », laissant croire qu’ils aident ainsi les nécessiteux et qu’ils font œuvre charitable en venant filer un coup de pouce gratos … C’est faux, bien sûr, mais en même temps ils apportent parfois un talent indéniable : Bruce Willis dans Friends, Mickaël J Fox (après ses 3 Retours …, après avoir bossé avec Peter Jackson et Tim Burton …) s’est donné avec sérieux dans Spin City, l’immense Forrest Whitaker qu’on ne présente plus a été l’une des pires ordures des séries dans toute la saison 5 de The Shield, Glenn Close dans Damages (et The Shield, aussi), l’inquiétant Kevin Spacey ( Seven, Minuit dans le jardin du bien et du mal …) dans House of cards, Matthew McConaughey (Interstellar de Nolan par exemple) dont le talent explose dans True detective

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(Mais rendons à César ce qui n’est pas à Marius : parfois c’est la télé qui a donné de grands noms au ciné : Steve Mc Queen avec Au nom de la loi, Clint Eastwood avec Rawhide …)

Et enfin, même si c’est très rare, des films peuvent donner des séries … Parfois, c’est du lourd, comme Star Wars (une galaxie financière avant d’être spatiale …) qui a donné deux séries dérivées pas mauvaises du tout, côté scénarios en tout cas : Clones wars et Star wars Rebels. Parfois c’est moyen, comme Terminator qui a donné quelque chose, mais nettement plus inégal : Sarah Connor’s Chronicles (une saison 1 à ch…, une saison 2 bien meilleure, mais une fin à hurler de rage !). Et je garde le meilleur exemple pour la fin : un film qui a eu les honneurs d’un article dans Nanarland peut donner une bonne série :   Bichette ! … Non, ce n’est pas le vrai titre, mais la VF du nom de l’héroïne. Cliquez sur le lien, vous comprendrez …

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Et oui, Buffy contre les vampires a d’abord été un film, et une sacrée bouse ! (je l’ai regardé …). Qu’est-ce que Donald Sutherland est allé faire dans cette galère ? Mystère … Et bien Joss Whedon ne s’est pas démonté, courageusement il est reparti au charbon (alors que n’importe quel autre aurait fui le pays en changeant d’identité après une daube aussi infâme !), il a su monter la série qui a été un reboot total, et en 7 saisons, elle est passée de « petite série pour pré-ados à regarder pendant le goûter en se badigeonnant de Biactol» à une vraie série avec du souffle, de la noirceur, du foutraque jouissif et au puissant pouvoir addictif !

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Et bien voilà, cette chronique touche à sa fin.  Et oui, déjà… !

Mais je ne vous laisserai pas repartir sans une dernière perle pour la route… Vous voyez Frodon dans le Seigneur des anneaux ? Et vous voyez cet Australien qui chopait des crocodiles à mains nues dans Crocodile Dundee ?

Oui, c’est ça : Elijah Wood et Paul Hoggan. Eh bien ces deux gars ont bossé ensemble sur un film vraiment oubliable … Ils étaient jeunes, c’était au siècle dernier, il y a prescription, en tout cas ils veulent le croire… En fait, comme pour beaucoup d’acteurs, se faire connaître est parfois plus important que préserver sa dignité. La pénombre de l’anonymat est une souffrance pour ceux qui ont un jour approché les étoiles, ou qui souhaitent les approcher… Alors quand un type louche s’est présenté à ces deux-là en leur promettant une dose de gloire coupé au nanarium (molécule du ridicule), ils n’ont pas trop fait les difficiles, malgré la tronche louche dudit dealer.

Et c’est comme ça qu’ils se sont retrouvés à faire ce que tout acteur a honte d’avouer, et encore moins écrire dans son CV : une bonne grosse daube d’adaptation de série. Et ils tous les deux joué dans… ?

Flipper le dauphin !

Et ouais … Alors de la poiscaille (me gonflez pas avec le distinguo avec mammifère marin svp, si ça nage et si ça chie dans l’eau, c’est un poisson, point barre), donc de la poiscaille c’est fun au ciné seulement si ça a des dents : Les dents de la mer, Orca … mais un dauphin, ça a autant de charisme qu’une moule.

Et quand on a plus de 40 ans comme moi, quand on voit ce genre de bestiole, on pense à la série de notre enfance, certes, mais aussi à une vieille pub pour du chocolat blanc dégueu qui vous reste sur l’estomac … tout comme cette adaptation bien pourrie.

Donc Frodon, la prochaine fois que tu vas jeter une vieille bagouze dans un volcan, pense à balancer aussi les dernières copies de ce film stp, merci !

Bertrand Crapez