Peaky Blinders / Top of the lake

Peaky Blinders / Top of the lake

Il y n’y a pas que les films dans la vie, il y a les séries aussi.

Dans le genre affûté comme un rasoir : Peaky Blinders

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Début des années 20, dans la banlieue de Birmingham, les frères Shelby reviennent de France où ils sont allés bouter de l’Allemand hors des frontières et récolter quelques traumatismes de guerre. Ils sont les heureux propriétaires d’un commerce florissant essentiellement basé sur les paris clandestins et le tabassage minutieux de la concurrence.

Emmené par Thomas (le frère du milieu), secondé par Tante Polly (qui leur avait gardé au chaud leur petite entreprise pendant qu’ils tentaient de ne pas trop se faire trouer la paillasse au milieu des tranchées ardennaises), le gang des Peaky Blinders fait la pluie et le beau temps dans ce quartier ouvrier, bien éloigné des fastes de la couronne.

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Le tout jeune Churchill entame l’ascension qu’on lui connaît, il envoie l’impitoyable commissaire Campbell remettre de l’ordre par là – bas et accessoirement retrouver un chargement d’armes sur lequel les frangins ont fait main basse.

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Mais les frères Shelby sont des durs à cuire et vont lui donner pas mal de fil à retordre.

Aux manettes de cette très chouette série britannique, Steven Knight qui, lorsqu’il ne réalise pas de très bons huis – clos automobile (Locke), poursuit sa carrière de prolifique scénariste.

Peaky Blinders fait partie du renouveau de la série Outre – Manche, en droite lignée de l’essor amorcé par des séries comme Sherlock, Luther, Broadchurch, Penny Dreadful ou Dowton Abbey (dont je vous parlerais un de ces 4).

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Steven Knight surfe donc sur une vague à succès, on lui pardonnera d’autant plus un scénario assez prévisible (quoique, pas toujours) que les atouts de sa série résident ailleurs : psychologie des personnages, réalisation plus que classieuse, personnages féminins qui ne se contentent pas de faire de la figuration, superbe des décors de l’Angleterre du début du siècle, bande – son délicieusement anachronique et rock à souhait (mention, entre autres, au morceau de Nick Cave qui ouvre chaque épisode) …

Je ne saurais que trop vous conseiller de rallier la bande des mauvais garçons de Peaky Blinders, d’autant que son casting compte dans ses rangs de sacrées figures : Cillian Murphy, Sam Neill, Helen McCrory, Sophie Rundle, Noah Taylor, Tom Hardy

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2 saisons (la 1ière a été diffusée sur Arte il y a quelques semaines, elle est certainement encore visionnable sur le site de la chaîne).

Dans le genre baignade interdite : Top of the Lake

Si pendant longtemps la série a été le parent pauvre du cinéma, depuis que David Lynch a ouvert le bal à l’orée des années 90 avec son Twin Peaks*, réaliser une série pour un metteur en scène n’est plus une infamie, avec le temps c’est même devenu un exercice très prisé.

Ainsi, on a vu défiler sur les plateaux de télévision (où l’on trouve actuellement plus de liberté et de moyens qu’au cinéma ?), des gens comme Martin Scorsese (Bordwalk Empire), Steven Soderbergh (The Knick), Guillermo Del Toro (The Strain), Bruno Dumont (P’tit Quinquin) … La réalisatrice néo – zélandaise Jane Campion a également franchi le pas en réalisant Top of the lake en 2013.

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Tui est seulement âgée de 12 ans et porte un accablant secret : elle est enceinte. Alors qu’elle s’avance dans les eaux glacées d’un lac, le car de ramassage scolaire passe à proximité. Examinée par l’infirmière de son école, celle – ci soupçonne un viol.

Tui est entendue par Robin Griffin, enquêtrice spécialisée dans la protection infantile, qui revient dans sa région d’origine, au chevet d’une mère malade.

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Dans le même temps, une communauté de femmes emmenée par la bizarre et charismatique Gj, s’installent sur les rives du même lac, subtilisant un terrain que convoitait Matt, le père de Tui. Cet homme brutal va leur mener la vie dure et tout mettre en œuvre pour retrouver sa fille disparue après son interrogatoire, suivie par une Robin qui ne le lâche pas d’une semelle.

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Cette merveille de réalisatrice qu’est Jane Campion explore de nouveaux territoires (c’est sa première incursion au royaume du petit écran), impulsant dans cette courte (seulement 7 épisodes) mais dense série, son univers fait d’écrasants silences, de traumas qui collent aux basques, de mystère et d’une beauté toute singulière.

Top of the lake est une série policière à la sauce Campion (où fêlure et grande force sont étroitement jointes), une incursion au cœur d’une famille dysfonctionnelle, où les enfants tentent de se noyer dans un lac meurtrier, où les adultes ne sont pas mieux lotis.

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Dans une nature parfois désolée mais extrêmement belle (et vrai personnage à part entière), Jane Campion propose une alternative. Je ne vous parle même pas de la réalisation ou de la photo, tellement tout y est magnifique, tellement chaque plan mériterait qu’on s’y arrête dessus.

Élisabeth Moss (excellente comédienne révélée dans Mad Men) porte en grande partie Top of the lake sur ses menues épaules, secondé par le très grand Peter Mullan et la toujours géniale Holly Hunter (une habituée du cinéma de Campion, qui lui a offert un de ses plus beaux rôles dans La leçon de piano).

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Je n’aurais rien de plus à ajouter, Top of the lake est aussi étrange que captivant, aussi noir que sublime.

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Une saison, mais on a ouï dire qu’il serait tout à fait probable qu’allez donc savoir que ce serait bien possible qu’on ait bientôt droit à une deuxième.

* : Hitchcock l’avait fait avant lui avec ses “ Alfred Hitchcock présente “, mais ce n’était pas une série à proprement parler, plutôt une anthologie de courtes histoires. Et pendant près de 30 ans (jusqu’au Twin Peaks de Lynch donc), les réalisateurs de cinéma ont soigneusement évité les plateaux de télévision.