La chronique de l'invité du mois : Slow West

La chronique de l’invité du mois : Slow West

(Bruits d’un boulevard parisien… )

Cet après-midi-là, j’avais envie de grands espaces. Et de lenteur.

(Klaxons…)

Et au milieu de la plaine d’un vaste nulle part, sous le ciel et dans le vent, je voulais un cavalier seul, avançant, le regard perdu dans l’immensité. J’avais envie de voir un homme, fort, et troublé, et luttant contre lui-même, et contre les éléments déchaînés.

(Le brouhaha s’évanouit… Bruit de pas dans une ruelle…)

Je voulais ça.

(Bruit de pas dans un escalier… Glissement de la main sur la rampe…)

Et une histoire aussi. Une vraie. Dense. Et des personnages. Complexes et perdus. Dans un désert de questions, une forêt de doutes, à la poursuite d’un idéal. D’un absolu.

(Bruit d’une porte qui s’ouvre, puis se referme. Grincement de strapontins. Chuchotements dans l’obscurité.  Noir. Silence.)

Slow West, de John Maclean.

Ce film me hante, depuis.

Derrière les codes d’un western tristement classique se cache en fait un conte lent et mélancolique, une réflexion profonde sur les contrastes de l’âme humaine.

Les personnages, présentés d’abord comme des stéréotypes ordinaires, banalement manichéens, dévoilent insensiblement la palette nuancée de leurs cœurs éreintés.

Ainsi, sous un soleil vertical, Michael Fassbender, sublime, lève doucement le voile sombre de sa rugosité, donnant alors à son charisme, déjà magnifiquement imposant, une dimension supplémentaire.

Son personnage, Silas, cavalier solitaire et obscur, abîmé par des années d’errance dans les plaines aussi belles que cruelles d’une Amérique naissante, semble revivre les premiers émois de l’âme, les caresses délicates du sentiment, le trouble d’un amour.

Le jeune homme qu’il escorte, Jay Cavendish (Kodi Smit-McPhee), cœur pur, débarqué des plages venteuses d’Ecosse à la recherche de son amour fuyant, perdu dans ce nouveau monde amer, se blesse aux parois rocailleuses, s’enfonce dans les chemins boueux, glisse dans la débauche des âmes déchirées. Mais en gardant toujours, même aux heures les plus noires de sa désolation, l’espoir vibrant de revoir ​Rose.

Ces deux solitudes avancent côte à côte, poursuivis par une bande de chasseurs de primes, vers un ouest plein de promesses, à travers les bois et à travers les tempêtes, découvrant, lentement toujours, leurs propres paysages intérieurs…

J’ai voyagé au cœur des plaines. Exactement comme je voulais.

Bercée par le pas lent des chevaux et le bruit du vent dans les blés.

J’ai contemplé le chef-d’œuvre de John Mclean, sa perspective onirique et troublante d’un ouest américain où tous les possibles semblent s’inverser.

Doucement.

(Bruit d’un boulevard parisien…)

Marie – Louise Desage