Le monde selon mon canapé : Théorème de Rocco : « Séries + Q + 2 mégabits= Sér-X ² »

Le monde selon mon canapé : Théorème de Rocco : « Séries + Q + 2 mégabits= Sér-X ² »

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Voilà, l’été est fini et c’était ‘achement bien ! En tout cas dans nos souvenirs vaporeux auréolés de zouk et de relents d’alcool, c’était génial !… Après quelques ‘tits punchs Trois Rivières et plusieurs alertes au Malibu, toutes les blondes croisées au camping du Perroquet, passé minuit, finissaient par avoir des airs de Pamela Anderson enivrantes dans leur haut de maillot rouge, et on se sentait de suite pousser le brushing échevelé de David Hasselhoff et le sex-appeal d’un Travolta en chaussettes sur une piste de danse.
Et ça tombe bien, vu que le DJ passait au moins une fois par soir George Mickaël « I want your sex » (sauf la fois où il s’est planté et a remixé « Last Christmas I gave you my heart », et le chiffre d’affaires du vendeur de poppers s’en est vachement ressenti ce jour-là…).

Alors, sans tourner plus longtemps autour du pot et sans les sempiternelles circonvolutions oiseuses et préliminaires interminables qui ouvrent toujours mes chroniques (mais avec quand même des jeux de mots foireux, hein ? J’ai un cahier des charges à respecter, Pierrette est très à cheval sur la question), mon canapé se déplace aujourd’hui devant la mer des Caraïbes pour aller nager dans les eaux troubles du sexe dans les séries.

WTF ??

Et oui, vous avez bien lu ! Mais je ne peux résister au plaisir de le redire ( et aussi pour  faire monter en flèche le pourcentage de réussite des moteurs de recherche du web qui vont rerouter ici tous les quidams en manque de culture…) : SEXE et séries !!

Bon, d’accord, je sais que ce thème est a priori un poil, voire une touffe, racoleur, et semble nettement moins sérieux que les thèmes déjà abordés, beaucoup plus intellos-bobos (mais honnêtement, qui a lu jusqu’au bout mon « Homère vs HBO », hum ? Et bien vous avez tort, parce qu’il était bon comme papier, bande d’ignares :p). Il y a pourtant des choses intéressantes à dire à ce sujet.

Je pourrais évidemment me la jouer style Télérama : « Il faut voir d’abord la tension au-delà des corps mis à nu, et il nous semble fondamental de faire comprendre aux sériphiles que les pulsions d’Eros et Thanatos forment un levier puissant dans le processus créatif et que nous cherchons à entrevoir la fine pellicule de la conscience désirante qui sommeille en chacun de nous blablabla blablabla… »

Oui… mais non, cette chronique va plutôt appeler un chat, un chat. On va juste parler de séries, et de sexe dans un catalogue à la Prévert.

La sexualité est trop sérieuse dans nos vies pour commencer à tourner autour du pot et utiliser des tournures niaises et imprécises : attendez-vous donc à croiser des mots comme **** ou **** voire carrément ****, mais là c’est vraiment salace, hein ? (Ah, Pierrette me dit dans l’oreillette reliée directement en métropole qu’elle mettra des « bips » quand ça sera trop cru. Je croise les **** dans ce cas !)

Mais cela signifie surtout que, pour une fois, ce papier numérique s’adressera exclusivement aux adultes, donc les boutonneux puceaux, passez votre chemin, allez plutôt lire les chroniques précédentes, vous y apprendrez des trucs sympas pour épater vos copines de lycée et peut-être que sur un malentendu … Bref, les ados, barrez-vous, et avant de partir pensez à passer de temps en temps un coup de lingette javellisée sur votre clavier, ça tue tous les restes biologiques incompatibles avec l’informatique et ça fera plaisir à votre mère que votre piaule ne sente pas toujours la crevette morte …

Pendant longtemps, le sexe n’existait tout simplement pas dans les séries US. Simple divertissement familial, il était hors de question de montrer autre chose qu’un vague chaste baiser de loin en loin si vraiment on voulait se montrer révolutionnaire. Au nom de préjugés moraux forts, et à cause du risque de censure immédiate, montrer ne serait-ce qu’une fesse ou un décolleté trop plongeant aurait de suite fait sauter les standards téléphoniques des prods de ces gros hypocrites de Ricains…

Mais, quand même, ne les jugeons pas trop vite. Le principe a été (et est encore souvent) de proposer, non des êtres humains complexes et complets, mais des personnages archétypiques, voire monomaniaques.
(Hein ? Quoi ? … Hum, hum, on me dit à l’oreille que l’audience du site est en forte baisse, à cause du charabia utilisé juste avant. Pas de panique, je redresse la barre illico!)

Donc en résumé : les séries ne montrent que ce qui est utile à l’histoire, point barre.

Évidemment, un véritable être humain doit se laver tous les jours et se brosser les dents, aller aux toilettes pour se purger vessie et intestins, il a forcément une libido qui le titille souvent, parfois il se cure le nez au volant ou se gratte les fesses en marchant, voire remonte peu élégamment ses collants dans la rue, pensant que personne ne regarde, ou encore fait une sieste bien méritée après s’être murgé la tronche avec ses potes / copines le samedi soir …
Mais voilà, une série ce n’est pas la vraie vie : si on est dans une ambiance policière, fantastique, SF, comique, sentimentale, scientifique … le temps imparti est toujours de 45 minutes par épisode (et oui, il faut enlever 10 minutes de pub pardi!), et c’est déjà assez court si on a un scénario qui tient la route. On n’a pas de temps à perdre avec des choses futiles si on veut boucler le numéro.

Parfois, bien sûr, il arrive que le héros, ou l’héroïne, suggère fugacement une sexualité acceptée par le spectateur, si elle sait rester évasive. Mais parfois, la pudeur est un peu excessive. Prenons la série Bones par exemple, les deux persos principaux se tournent autour gentiment pendant 6 ou 7 saisons (donc, selon un rapide calcul, à raison de 45 min par épisode et 22 épisodes par saison, ça nous donne … Une centaine d’heures ! Et pour beaucoup de fans féminines, l’attente du premier baiser a semble-t-il été une souffrance …) Une nouvelle saison commence et là, PAF ! Grosse ellipse en scène d’ouverture: la fille est enceinte, le gars vit avec elle et tout va bien … Si c’est pas de la cucuterie ça ? C’est bien pire que la scène de sexe qui commence à peine et le cameraman fou braque soudain l’objectif vers les fleurs ouvertes posées sur la table… non, non ! Là, pas un vrai baiser baveux, pas une étreinte, pas une porte de chambre qui se ferme sensuellement, pas un soutif dégrafé adroitement de deux doigts qui passe la fenêtre, même pas le claquement d’un élastique de slip qui pète … rien.

Et il s’agit d’une série des années 2010, hein ? Pas un vieux truc genre La petite maison dans la prairie

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Ah tiens justement, La petite maison dans la prairie, parlons-en … Vous vous souvenez de cette série ? (et là vous vous dîtes déjà : « hé mec, non, déconne pas avec mon enfance ! Pourquoi tu me mets cette série dans la tête ? Arrête tout de suite ! Je suis venu pour lire des trucs un peu croustillants moi, pas pour devoir me taper des séances de psy pendant des mois …)

Mais attendez, je n’ai encore rien dit, pas de panique ! … Enfin … maintenant que vous en parlez …

La nature a horreur du vide, et quand on nous cache quelque chose, forcément notre inconscient meuble les trous, c’est dans la nature humaine. Donc, qui ne s’est jamais demandé ce que faisaient Charles Ingalls et sa jolie femme le soir, une fois l’épisode terminé et la lampe à pétrole éteinte, hum ? Qui ne s’est jamais demandé comment ils faisaient pour avoir autant d’enfants sans jamais ne serait-ce qu’une fois s’effleurer les lèvres ?
Eh bien, sachez qu’il y a bien eu un épisode un peu torride, mais finalement jamais diffusé, les producteurs ayant reculé à la dernière minute, ce qui est fort regrettable. Néanmoins, j’ai réussi à mettre la main sur un court extrait de l’un des derniers scripts qui n’ont pas été jetés au feu, et voilà ce que ça donnait :

Charles (à ses enfants) : Allez à l’école les filles, et soyez sages ! Pas de bêtises surtout !

Les fillettes : Oui Papa !

Mary : Pourquoi je ne peux pas y aller, moi ?

Caroline (la mère): mais voyons Mary, parce que tu es aveugle, à quoi ça te servirait de savoir lire ?

Charles : Ne pleure pas ma chérie ! Tiens, prends ce seau et va au puits nous chercher de l’eau s’il te plaît.

(elle sort)

Charles : Allez Caroline, à quatre pattes et remonte ta robe, vite, elle va revenir !

Caroline : ne sois pas si inquiet Charles, elle se perd toujours en route, tu le sais bien ! Prends ton temps pour une fois …

Charles : D’accord, mais après je dois retrouver mes copains pour couper des bûches, on doit en débiter beaucoup pour la fête paroissiale …

Caroline: Alors débite, Charles ! Débite ! …

Désolé, je n’ai pas la suite. Mais reconnaissez quand même que, pour l’époque, c’était assez osé, non ?…

Bon, d’accord, j’ai peut-être un peu bidouillé c’est vrai, mais comme beaucoup, j’ai toujours détesté cette série de faux-culs, tissu de niaiseries dégoulinant de bons sentiments sirupeux. Je trouve cette version bien plus « digeste » … Bref.

Par contre, il existe bel et bien une série qui va marquer un tournant dans le « sexe utile à la narration » : Dallas, le feuilleton-fleuve des années 80. Et pour un personnage en particulier : le fameux J.R. Ewing, exemple parfait de l’homme d’affaires successful de cette époque acquise au Dieu Dollar sans foi ni loi. Donc ce fameux JR est un sale type qu’on adore détester : il est fourbe, rancunier, cupide, égoïste, violent, et …volage. Or les scénaristes ont compris une chose très importante : à chaque fois qu’il trompe son alcoolo d’épouse, on voit toujours « l’après-sexe », les amants au lit, avec ce fameux drap bancal « court d’un côté pour montrer la poitrine virile et long de l’autre qui remonte jusqu’au menton de la dame ». Malgré leurs cris d’orfraie, les Tartuffe américains de l’époque sont obligés de regarder ces scènes car ce sont toujours dans ces moments d’intimité que l’affreux jojo livre ses plans machiavéliques à la gourde allongée à côté de lui … Donc pas le choix : on devait sentir les effluves des corps repus si on voulait connaître la suite de l’épisode. Malin !

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Cependant il ne faut pas crier victoire trop vite, l’heure des scènes dénudées va devoir attendre encore 20 ans avant de vraiment exploser avec l’arrivée en fanfare d’HBO (qui rime avec porno ont longtemps persiflé les concurrents, jaloux).

Mais avant cela bien des séries différentes ont vu le jour en refusant avec dédain de tomber dans le piège de la vulgarité, sans forcément échapper à celui de la vanité, voire celui de la nullité, deux exemples au hasard  : Miami Vice et Supercopter.

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D’un côté le flic torturé et marié à son boulot, à la vie à la mort, et que juré, il joue au playboy en espadrilles-costume en lin-Ray ban pour mieux vaincre la décadence des mœurs de cette Floride trop lascive. Un ‘tit coït de temps en temps quand même, non ? Histoire d’être raccord avec la moiteur décadente de la série ? Que nenni madame, je suis Don Johnson (comme le désodorisant) et mon personnage Sunny Crocket (comme les barres chocolatées ou la bouffe pour chat …) ne mange pas de ce pain-là !  (dommage car la série faisait quand même tourner pas mal de bomb … euh de jolies actrices, mais bon bref, passons …). De l’autre côté, un héros transparent qui vit dans l’ombre de sa machine (j’aurais pu prendre aussi K2000, le Rebelle, Shérif fais-moi peur ! …), et qui bave d’abord devant sa belle machine volante et n’a strictement aucune libido. L’une de ces séries pour eunuques, alors qu’elle s’adressait en priorité à des ados sur-hormonés, cherchez l’erreur.

On pourrait énumérer à l’envi ces séries où le sexe est absent, mais avant de passer aux choses plus intéressantes, je ne peux résister au plaisir d’évoquer Lost, le machin de JJ Abrams.

Vous connaissez tous le pitch : un avion s’écrase en mer et une cinquantaine de survivants se retrouvent seuls sur une île tropicale. Et parmi ces Robinson, il y a pas mal de jeunes gens bien faits de leur personne et qui ne semblent pas avoir fait vœu de chasteté. Et bien c’est l’une des nombreuses faiblesses de cette série :  alors que justement tout semble pouvoir donner libre cours aux pulsions « animales » basiques mais tellement logiques dans ce contexte, Lost est une fiction totalement a-sexuelle. Rien. Que dalle. Nada. On est loin de « sa Majesté des mouches » car à peine passé le crash, la vision US bien pensante et puritaine revient au galop: une tribu, un chef, une morale.
Circulez, y a rien à voir !

Maintenant, passons aux choses sérieuses : les séries qui ont inscrit intelligemment le sexe au chœur de leur projet. Mais cela ne veut pas forcément dire que vous verrez non-stop des scènes torrides… C’est plus souvent lié à un personnage en particulier qu’à l’esprit-même de la série, comme dans Glue, Penny Dreadful

Prenons trois exemples de personnages : Barney dans How I met your mother , le roi Arthur dans Kaamelott et Buffy dans Buffy contre les vampires. Le premier est un serial lover éminemment attachant par son côté ado qui refuse clairement de grandir et refuse toute norme sociale contraignante. Sa course continuelle à vouloir mettre une fille différente dans son lit chaque soir pourrait être tout à fait écœurante dans une autre série, mais passe ici comme une quête sans fin d’un Graal orgasmique … Il y a un côté assez fascinant, accentué en cela par l’incroyable talent d’acteur de Neil Patrick Harris. Pour le roi Arthur dans Kaamelott, il est au lit un épisode sur cinq en faisant tourner ses maîtresses comme une horloge ses aiguilles ; en effet Alexandre Astier a bien compris que son personnage noble, intelligent et courageux ne sera drôle que s’il est aussi un goujat de base, chaud lapin qui « change de plumards tous les soirs », tout en refusant ne serait-ce qu’une fois de toucher sa propre femme.

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Et enfin Buffy … la belle blonde n’est pas une ingénue mais sa différence suscite tellement l’incompréhension chez les autres humains qu’elle vit seule, et c’est cette solitude qui la pousse à se taper des « monstres » ou des militaires qu’elle domine par sa force. Buffy est la femme castratrice par excellence, elle est une autre figure de l’Amazone. Sans qu’il soit nécessaire de nous le montrer, on ressent bien un rapport de domination quasi SM entre elle et ses partenaires, ce qui générerait presque une forme d’empathie vis-à-vis de ses conquêtes masculines.

Après, il y a les séries où l’on voit des scènes de sexe explicites, mais pas forcément plaisantes à regarder car elles s’intègrent dans une intrigue difficile, voire glauque. Le sexe sert souvent un personnage qui va abuser de sa position pour asservir d’autres personnes. Les séries « historiques » des 15 dernières années fleurissent de **** en bande, de **** forcées, de **** rémunérées … afin d’accroître un sentiment de malaise et d’affirmer la violence des relations entre les personnages, comme dans Rome, Deadwood, les Tudor, The Borgias

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Mais on peut aussi se dire que les producteurs ont décidé d’accroître leur audience en livrant du porno soft sous couvert de documentaire historique fictionné … et le public, qui n’a pas oublié d’être hypocrite, soutiendra le même argument si on ose le traiter de pervers frustré …

Mais le passé n’a pas l’apanage du sexe, le futur a aussi droit à son lot de plaisir, comme dans la série d’anticipation danoise : Real humans. Des cyborgs (joués par des humains bien flippants…) servent l’humanité, et il suffit d’un programme pour en faire des sex toys de premier choix. Des logiciels pirates permettent même de les rendre plus vicieux, ou au contraire soumis à la violence SM qui ressurgit des plus bas instincts de leur propriétaire. L’ado de la famille dont on suit les tribulations avec ces machines, Tobias, tombe amoureux de leur robot domestique mais refuse de charger le logiciel de sexe facile : il attend d’elle qu’elle se donne à lui de son plein gré … Et rapidement, il arrive à se définir comme un « cyborg-sexuel » : il refuse d’avoir une relation affective avec un autre humain, il n’est attiré physiquement que par ces ersatz humanoïdes. Et il n’est pas le seul car toute une partie de la population soutient cette transgression qui apparaît aux yeux des opposants comme étant contre-nature. Le sexe devient alors un motif de révolte et de changement de société.

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Mais il reste néanmoins un point que peu ont osé franchir dans toutes ces séries: il est très facile de voir des seins en veux-tu en voilà, des fesses et des sexes de femme, mais croiser des fessiers masculins, c’est rare, et des **** (même pas turgescentes, hein?) on n’en croise autant que des éléphants dans les Flandres. Donc transgressif, certes, mais dans une certaine limite.

Quelques séries s’amusent aussi à titiller, voire émoustiller, le public avec des titres un brin racoleurs : Masters of sex, Californication… mais ne rêvez pas trop, c’est toujours pour mieux vous faire avaler une réflexion profonde sur la triste condition humaine à travers des situations plus attachantes ou pathétiques que réellement acrobatiques ou saphiques.

Les polars contemporains ont de leur côté pris le pli d’intégrer des scènes de cul, plus ou moins bien tournées, plus ou moins crédibles, mais parfois plus ou moins gratuites. Dans des séries comme Justified ou Sons of Anarchy par exemple, les personnages désœuvrés passent parfois dans un lit entre deux fusillades nettement plus haletantes, mais on sent que c’est plus par volonté de calmer le rythme d’un épisode qui s’emballe que l’inverse … Du sexe-verveine, en gros.

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Mais il existe aussi des séries dans cette ambiance sombre qui exploitent très intelligemment le sexe, exemple : Les Soprano et The Shield.
Tony Soprano (incarné par l’incroyable James Gandolfini, paix à son âme…) est un mafieux qui a les problèmes domestiques de Monsieur tout le monde, mais qui n’a pas le boulot de Monsieur tout le monde. Il passe donc son temps à jongler entre différents mondes, à être gentil et méchant, être un bon père et un chef de gang implacable … Il tient, entre autres, une boîte de strip-tease où son regard blasé ne regarde jamais les danseuses nues que nous ne pouvons nous empêcher de regarder avec concupiscence, mais il rêve de sauter sa psy BCBG tout en entretenant une jeune maîtresse russe canon mais insupportable qu’il **** comme il peut, en gardant toujours son marcel plein de sueur. Et parfois, il lui arrive de **** un coup à droite, à gauche, selon ses disponibilités professionnelles … Et à de rares occasions, il essaie de faire l’amour à sa femme qui ne l’aime plus depuis longtemps. Lui-même n’aime vraiment aucune femme, mais il a tellement envie d’être comme tout le monde qu’à chaque fois qu’on le voit en pleine action, on sait que ce n’est qu’un pis-aller, un exutoire à sa frustration. Il couche comme d’autres boivent : pour oublier qu’ils ont raté leur vie.

Le capitaine Aceveda tente de faire tomber l’un des ripoux les plus incroyables jamais vus sur un écran : Vic Mackey. Ce dernier est le chef d’un gang de flics gangsters, et il se protège derrière son insigne : The Shield.
Aceveda est un arriviste hypocrite, persuadé que ses principes l’immuniseront toujours et qu’il ne basculera jamais comme Mackey, qui est un chef charismatique et sans scrupule. Je vous parle là d’une série sur-hormonée, testostéronée à outrance, et il n’y a vraiment pas de place pour la gaudriole. Or ce fameux capitaine incorruptible va basculer dans un épisode très important d’une crudité qui, des années après, me fait encore froid dans le dos : il pourchasse un sale type dans une maison en ruine, celui-ci le désarme et finit par l’obliger à lui faire une **** qu’il va filmer avec son portable.

C’est une scène d’une incroyable justesse (et pas seulement parce que les acteurs sont bluffants), mais parce qu’on comprend ce que ressent ce flic idéaliste confronté à la cruauté nauséabonde du junkie : il refuse, hésite, malgré le pistolet collé sur la tempe, il comprend que sa vie d’homme et de flic est fichue s’il accepte, parce qu’il sait que Vic finira par le découvrir… Il finit par céder, parce qu’il veut vivre. Cette scène est douloureuse à regarder bien sûr, mais surtout, après cela, Aceveda ne sera plus jamais le même homme : son salut ne passera que la vengeance et il va devenir malgré lui une pourriture infâme… et la série peut alors s’enrichir d’une ambiance encore plus lourde, plus malsaine. Mais ce qui est vraiment intéressant, ce n’est pas que Vic découvre la fameuse vidéo, c’est qu’il va finir par  la rendre sans rien demander en contre-partie : il sait que son capitaine a forcément basculé du côté obscur et s’est vengé, il ne représente donc plus un danger pour lui et ses hommes … Le sexe a donc littéralement changé un personnage important d’une série, c’est assez rare pour être souligné. The Shield, allez-y les yeux fermés, c’est une excellente série.

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Bien sûr, j’aurais pu aussi parler d’emblée de Oz ou de Game of Thrones, séries HBO (oui, il y en a plein de séries HBO olé olé …) où le sexe est hétéro ou homo, mais souvent utilisé dans une attente de gain de pouvoir, de manipulation, de volonté de soumission, que ce soit dans une cellule de prison ou dans une alcôve royale …

Et maintenant, parce que je sais bien que vous êtes d’abord venus pour entendre parler de sexe et pas de scénarios subtils, voici une petite liste des séries (pas forcément mauvaises) où le sexe est parfois, voire souvent, gratuit dans l’économie du récit.

Game of Thrones, je me dois d’en dire un mot quand même, tient actuellement la palme de la série la plus sexe de tous les temps, et beaucoup de plans de femmes dénudées n’ont été filmés que pour entretenir l’image d’une série sulfureuse et hors-normes ; bien sûr les romans de Martin ne sont pas exempts de corps nus, mais ce zèle à aller plus loin que dans les livres n’était peut-être pas toujours nécessaire. Reconnaissons néanmoins que le couple incestueux des Lannister brise un tabou absolu dans le monde des séries.
Après, il y a toute une ribambelle de séries où le **** coule à flot : True Blood, Spartacus, Hard, Maison close (et oui, Canal Plus depuis le début mise sur deux choses pour avoir des abonnés : le foot et le ****), Plus belle la vie ! (ah la scène de partouze au popper qui a tant fait parler !)… II y a  aussi ce produit étrange qu’est Nip / Tuck : un médecin gigolo, pas mal de sexe, un peu de science, un peu de glamour, un peu de n’importe quoi et on obtient un « Feux de l’amour » plus musclé ….

Mais voici surtout mon chouchou du mois, la série la plus volontaire dans la catégorie  sexe sans intérêt : Banshee !!!

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Applaudissons comme il se doit notre nouveau gagnant car ce n’est pas tous les jours qu’on voit des acteurs flinguer leur carrière en acceptant de jouer dans une série porno mal écrite…

Banshee, c’est la réponse de Cinemax à HBO : «  Nous aussi on peut attirer du monde avec du cul à gogo, hein ? On n’est pas plus bêtes que les autres ! … »

Soyons clairs : si, ils sont bêtes car ils ont juste négligé une chose capitale pour faire une bonne série, ce que n’a jamais oublié de faire HBO : embaucher de vrais scénaristes.
Je m’explique : la saison 1 (et la 2…) aurait pu tenir en trois ou quatre épisodes bien tassés, mais pour arriver au chiffre huit, il a bien fallu meubler. Pas de problème, on va multiplier à n’en plus finir les scènes de sexe torride avec gros plans appuyés.

En même temps, la vraie histoire ne casse pas trois pattes à un canard, et elle est aussi crédible qu’un Tour de France sans dopage. Le héros sort de tôle, après 15 ans, et il veut retrouver son ancienne complice et femme aimée qui se terre dans une ville paumée : Banshee. A peine arrivé, le nouveau shérif que personne ne connaît meurt dans les bras de l’ex-taulard, et celui-ci prend sa place (déjà là on n’y croit pas une seconde). La fameuse ex a refait sa vie et ne veut pas entendre parler de lui, par contre on n’ignore rien de sa libido et son amour pour son ancien amant toujours vivace : longue scène d’onanisme saphique dans le bain (tiens, Pierrette n’a pas mis de « bip », donc onanisme c’est accepté, cool!), puis elle **** en direct avec son mari en pensant à son ex taulard, et le pauvre mari qui ignore tout la prend, la retourne, et vas-y que je recommence…

Et ça ce n’est rien : le héros est lui-même une **** sur patte, il **** tout ce qui passe à sa portée à chaque épisode, sans aucun état d’âme. Les scénaristes parfois ne se donnent même pas la peine d’exiger une vraie situation narrative qui explique que le gars aille au pieu, non ! Pas la peine ! Un simple regard anodin, une phrase à la con genre «  rendez-moi mon couteau » [véridique!] et hop ! Vas-y que je saute le top modèle (ah oui, bien sûr, dans ce coin paumé, on ne croise que des tops qui ont la petite culotte facile …). Et pour couronner le tout, l’acteur qui joue le bad guy/ nouveau shérif a autant de charisme qu’une moule, arborant quelles que soient les circonstances le même petit sourire grimaçant, celui que l’on fait quand on vient de se brûler et qu’on veut garder une certaine dignité devant les autres. Il est assez mauvais quand il doit jouer habillé, par contre en tenue d’Adam, quand il n’a aucune réplique à dire mais juste un jeu pectoral à produire, il est à la hauteur de son rôle…
Vous l’avez compris, ce mec est un « Joseph couche-toi là » sans grand intérêt. Et surtout c’est un mâle hétéro pur jus, la prod veut être sure de bien être comprise, hors de question qu’on puisse s’imaginer que c’est un gay refoulé, ah non alors, pas de ça chez nous !

Ils ont donc trouvé la parade spéciale hétéro-power en créant le personnage secondaire Job qui va cumuler toutes les tares aux yeux des bouseux de Pennsylvanie afin d’encore mieux jouer la carte du contraste: c’est un Asiatique athlétique qui pirate tous les sites du monde, il obtient tout ce qu’on veut, il est le meilleur hacker de l’univers ( ce qui laisse froid tout le monde tant c’est peu crédible …) mais surtout c’est un homo extraverti qui passe son temps à s’habiller en femme fatale, pauvre fashion victim qui passe son temps à sauver les miches du héros qui trouve cela tout à fait normal … Et bien entendu, ce Job n’a aucune vie sexuelle, rien du tout, on ne voit rien, on ne sait rien. OUF ! On veut bien mettre du sexe partout, mais seulement si ce sont des blancs hétéros qui baisent sans capote (oui, vu le degré de détails de certains scènes, on sait aussi cela, hélas …).

Et pour être sûr de bien enfoncer le clou, les scénaristes lui ont mitonné un flash back en prison de toute beauté nanardesque en pillant à la fois l’ambiance oppressante des viols homos dans Oz et la fameuse scène de The Shield exposée auparavant. Sauf que le héros de Banshee, c’est plus Chuck Norris que Woody Allen. Dans ladite prison règne en maître absolu, sur tous les autres détenus (carrément!), un méchant prisonnier albinos (toujours oint de Nivéa de partout  pour qu’on comprenne bien…) chauve et body-buildé, grand amateur de minets blondinets. Notre Chuck Norris se retrouve dans une sorte d’immense gymnase où tous les détenus sont réunis (ça devait être le jour de RTT de tous les gardiens ce jour-là, sinon je ne vois vraiment pas comment expliquer qu’une prison haute-sécurité puisse être aussi vide …), et le méchant albinos, un grand couteau à la main, exige de Chuck qu’il le ****, qu’il lui fasse une ****, bref qu’il le **** comme un Shadok. Pour Chuck, c’est un moment crucial dans sa série : s’il accepte ne serait-ce que d’effleurer du bout du doigt l’appendice non nasal d’un autre homme, c’en est fini de sa réputation de super mâle à la Raylan Givens (le fameux marshall de Justified, incarné par l’excellentissime Timothy Olyphant, rien à voir avec la bouse dont je vous parle).

Eh bien notre Chuck, au milieu d’une centaine de détenus, à genou devant le mâle maléfique, il ne se démonte pas : il saisit la main dudit méchant, l’oblige à se trancher sa 3ème jambe sans qu’on voie une goutte de sang, ils se battent comme des chiffonniers (oui, dans ce monde-là, se faire trancher le pénis par un couteau de cuisine ne semble pas tracasser plus que ça son propriétaire car, c’est bien connu, c’est une zone totalement innervée, comme le cerveau… ce qui pourrait corroborer la théorie de la gent féminine, à savoir que le siège de la pensée masculine se trouverait souvent dans cette zone, mais bon, bref, on n’est pas sur le forum de Sciences et Vie, je préfère clore le débat pour aujourd’hui et laisser cette question intéressante en suspens…), et finalement il lui écrase le crâne avec une haltère manifestement trop lourde pour sa boîte crânienne : qui a vécu par le glaive périra par le glaive, qui a abusé du body-building périra écrasé sous le poids de la fonte… Donc une série où le sexe est plus que caricatural, en gros. Banshee est l’une des séries les plus sexuelles, mais elle est aussi la plus indigente du moment, et devinez qui s’est empressé de la diffuser en France ? … Canal +, bien sûr !

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Je me dois maintenant de mettre un terme à ce rapport textuel, car même les meilleures choses ont une fin… Mais avant de nous quitter, posez-vous cette simple question : qu’est-ce qui est le plus sensuel dans une série, un livre, un film, une peinture… : la démonstration de l’amour dans toute sa nudité, ou l’expression du « désir demeuré désir » comme le définit joliment Edgar Morin dans je ne sais plus quel bouquin ?

Quelle que soit la réponse que vous apporterez à cette question, sachez que ni une ****, un ****, et encore moins un **** de **** fait entre **** ne pourront remplacer l’âme d’une bonne série : un scénario-béton, une **** de bonne histoire !

Signé : Bertrand ****