Ma vie de Courgette ...

Ma vie de Courgette …

 … ou comment ça sonne quand même mieux que Ma vie d’enfant maltraité.

J’aime le mélange des genres. J’aime quand l’intelligent ne se prend pas au sérieux, quand le très triste côtoie la galéjade, quand l’engagé s’avère léger.

Pour vous la faire courte, j’aime bien quand les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent être (c’est pas clair ? Mais siiiiiiii, relisez la phrase voyons).

C’est tout à fait le cas avec Ma vie de Courgette.

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Au premier abord, on serait tenté de croire qu’un film qui parle d’enfants orphelins et / ou abandonnés, figurant dans la catégorie animation, adapté qui plus est d’un livre jeunesse (Autobiographie d’une courgette, par Gilles Paris) s’adresse obligatoirement à un auditoire enfantin, plus préoccupé par la densité de ses crottes de nez que par la bonne marche du monde.

Et bien détrompez – vous, adulte responsable, vous pourriez tout autant compter parmi le public de ce chouette petit film, tourné en stop motion*.

Icare, dit Courgette, vit seul avec une mère qui picole des bières toute la sainte journée, depuis que son père a mis les bouts. On a connu plus épanouissant comme contexte … La situation ne va pas aller en s’améliorant lorsque sa mère se gamelle dans les escaliers, pour finir dans une chute qui aura raison d’elle. Raymond, le policier qui enregistre la déposition de Courgette, va aussi être celui qui le conduit vers son nouveau foyer.

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Direction le centre des Fontaines, où une bande de gamins comme lui traînent leurs guêtres et leurs chagrins. Au début, on s’inquiète pas mal pour Courgette … Va t’il s’adapter à sa nouvelle vie ? Se faire des copains ? Trouver sa place ? Finalement, le foyer va s’avérer bien plus accueillant que le monde extérieur, notamment quand débarque Camille, une nouvelle pensionnaire.

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Rhalalala !! Mais que c’est bien que cette Vie de Courgette ! Et pour une fois qu’une production 100 % française (surtout dans le domaine de l’animation) est aussi impeccable, je crois qu’il n’y a pas de mal à glousser un peu.

Vraiment, je n’aurais que du positif à vous en dire. Le matériau de base (le livre donc) est déjà formidable mais l’adaptation qui en a été faite est tout à fait réussie. Il faut dire qu’on retrouve au scénario Céline Sciamma, une réalisatrice possédant un réel talent pour parler de la sortie de l’enfance, ses affres, sa noirceur (comme il en était question dans son film, Naissance des pieuvres).

L’animation est parfaite (derrière, Claude Barras et son équipe, qui sont loin d’être des bras cassés) et les décors choupinous comme tout. Le graphisme est quand à lui original (à la fois poétique et burlesque, ces têtes disproportionnées, ses yeux démesurés, ça nous rappellerait bien l’univers de l’ami Burton de la bonne époque) et totalement convaincant (c’est incroyable comme le regard des personnages est expressif ! Certains acteurs humains, à l’expression bovine, feraient bien de s’en inspirer).

Ma vie de Courgette est un film qui traite de sujets durs (la perte, l’abandon, le manque), des sujets susceptibles de parler (à différents niveaux) aux petits comme aux grands.

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La grande force du long – métrage de Claude Barras est d’allier ces thèmes, pas franchement rigolos, à une fraîcheur qui ne disparaît jamais, à un humour comme seuls des enfants en sont capables.

Mon conseil du jour : Ne ratez surtout pas Ma vie de Courgette, ce serait vraiment trop dommage.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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En salle depuis le 19 octobre

* : Le stop – motion, quoi qu’est – ce ?

Comme l’explique si bien la grande bible Wikipedia (qui ne raconte pas que des conneries non plus), le stop motion (ou animation en volume dans la langue de Molière) fait partie des “ techniques d’animation, donnant l’illusion de voir des objets animés d’une vie propre et doués de mouvements.

La technique est la même que celle du dessin animé : une scène constituée d’objets est filmée à l’aide d’une caméra dédiée à l’animation, c’est-à-dire pouvant enregistrer un seul photogramme à la fois sur une pellicule cinématographique ou sur un support numérique. Entre chaque prise de vue, les objets de la scène sont légèrement déplacés. Lors de la restitution, ces objets — pourtant immobiles lors des prises de vue — donnent l’illusion de se mouvoir “.

C’est pas un peu génial comme truc ?!