Moi, Daniel Blake ...

Moi, Daniel Blake …

… ou comment Ken, mon héros.

Je préfère vous le dire d’emblée : je ne pourrais jamais être objective lorsqu’on évoque Ken Loach.

D’abord, parce que j’ai fait connaissance avec son cinéma à un moment de ma vie où j’étais particulièrement sensible à des notions comme l’entraide, la bienveillance et le respect (des thèmes régulièrement développés chez lui). Cette découverte a eu un impact important sur moi, Ken Loach a contribué à mon éveil de citoyenne (houuuuu, le gros mot !), en me montrant une réalité sociale moyennement funky mais terriblement existante. Je ne suis pas devenue Mère Térésa pour autant mais pour cette initiation, je lui en serais reconnaissante à vie.

Il faut dire aussi que je suis bien trop contente que l’annonce faite lors de la sortie de Jimmy’s hall (et qui impliquait que ce long – métrage serait son dernier) ne se soit pas révélée exacte. Ken Loach va continuer à nous raconter des histoires et ça, voyez – vous, c’est le genre de chose qui me rassure, qui me réconforte même.

image

Avec son Moi, Daniel Blake, Ken Loach s’applique à creuser un sillon qu’il a commencé à tracer il y a de cela bien longtemps, près de 40 ans environ.

Sans être redondant, sans perdre son énergie ni se départir (et ça peut paraître incroyable par les temps qui courent) d’une certaine forme d’enthousiasme, le réalisateur nous invite à faire un bout de route au côté de Dan, menuisier sexagénaire, que des problèmes de santé ont obligé à cesser son activité.

C’est la première fois de sa vie qu’une telle chose arrive à Dan, lui qui s’est toujours suffit à lui – même, qui a travaillé depuis son plus jeune âge, qui s’est occupé seul de sa femme dans ses derniers mois de vie, lui qui a toujours payé rubis sur ongle la moindre dette.

Dan va se retrouver en butte au surréalisme d’un système (il ne peut plus travailler mais doit faire des démarches de recherche d’emploi pour pouvoir prétendre à une reconnaissance d’invalidité), à sa sécheresse, son manque d’humanité et son fonctionnement labyrinthique.

image

Lors d’un passage au Pôle Emploi, Dan va rencontrer Katie et ses 2 marmots. Tous les deux vont s’épauler, face à l’absurdité.

Maintenant les enfants, c’est à vous de jouer, de mon côté je n’ai pas tellement envie de vous en raconter davantage (ce serait superflu).

Soit vous décidez que “ les pauvres, ça va bien 5mn, c’est toujours pareil. Si je vais au cinéma c’est pour m’évader un peu, pas pour qu’on me raconte ce qu’il se passe en bas de chez moi ”. Soit vous envoyez bouler cette idée, vous partez à la rencontre de Dan et de Katie et vous vous faites un peu secouer la couenne par leur histoire. Forte. Émouvante. Réelle, bordel.

image

Pour cela, vous pouvez compter sur Ken Loach, il n’a pas son pareil pour vous prendre par la main et vous guider, d’une main ferme et décidée. Vous pouvez aussi compter sur lui pour que cette main soit débonnaire, elle ne vous veut aucun mal. Elle veut juste vous montrer la réalité, sans la rendre plus digeste mais sans la noircir plus qu’elle n’est.

Comparativement au reste de sa filmographie qui traite de sujets similaires (comme dans My name is Joe ou Raining stones par exemple), l’ambiance s’est alourdit, le constat devient de plus en plus pessimiste. Ken Loach dénonce une administration anglaise étouffante, faisant crouler ses administrés sous des démarches administratives pesantes, inutiles, parfois contradictoires, qui peuvent les pousser aux pires extrémités.

Pourtant, je vous encourage vivement à aller voir Moi, Daniel Blake et, tant qu’on y est, à en parler autour de vous. Peut – être donnera – t – il à des gamins de 17 ans la conscience du monde dans lequel ils vivent.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

image

En salle depuis le 26 octobre