Assassin's Creed ...

Assassin’s Creed …

… Ou comment esprits criminels.

Maintenant que vous avez bien digéré votre dinde aux marrons, que vous avez liquidé la dernière boîte de ferrero rocher© offerte par Tata Huguette, que vous avez embrassé la moitié du quartier après lui avoir souhaité la bonne année, on va pouvoir se remettre aux choses sérieuses ?

C’est pas que je vous attendais pour causer cinéma mais un petit peu quand même. C’est bon, vous êtes bien installés ? On peut y aller ?

Pour entamer l’année 2017, rien de tel qu’un film de pure action, mêlant baston à l’arme blanche, voyage dans le temps et ésotérisme : l’adaptation cinématographique du jeu Assassin’s Creed.

image

Je ne sais pas si vous avez déjà ouï dire de cette franchise initiée par Ubisoft Montreal (à la base studio de développement et de distribution FRANÇAIS, c’est assez rare pour l’écrire en capitales m’sieurs – dames !). Dans le jeu, vous incarnez un membre d’une confrérie secrète qui, grâce à l’Animus (une technologie qui permet de remonter dans la vie de vos ancêtres en utilisant leur ADN) va lutter contre le joug d’affreux templiers. Le studio a développé plusieurs épisodes de cette saga, vous avez donc la possibilité de vous balader dans la Jérusalem du temps des Croisades, la Venise de la fin du 16eme, sous la Révolution Française …

Les quêtes sont chouettes, les villes finement reconstituées, l’immersion convaincante. Pour autant, ce n’est pas pour faire l’apologie du jeu que je prends le clavier aujourd’hui (on est pas au Journal du Geek ici), je voulais simplement vous présenter la genèse du film.

image

Fin du 15e siècle, Andalousie, le tueur Aguilar prête serment à la confrérie des Assassins et va tenter de sauver le fils d’un sultan tout en récupérant la pomme d’Eden (réceptacle d’un mystérieux pouvoir qui pourrait soumettre l’humanité toute entière). Dans les années 70, en Basse – Californie, le jeune Callum découvre sa mère la gorge tranchée par son père (c’est Sigmund qui aurait eu 2 ou 3 trucs à dire), il s’enfuit pour échapper aux hommes du Dr Rikkin. 30 ans plus tard, on retrouve Callum adulte s’apprêtant à recevoir les derniers sacrements ainsi qu’une injection létale.

Au lieu de rejoindre son créateur, il se réveille auprès de Sofia Rikkin (je vous laisse le soin de retrouver la possible filiation) qui lui explique cette heureuse coïncidence.

image

Elle a besoin de lui pour remonter dans les pas d’Aguilar, le dernier homme connu à avoir eu la pomme d’Eden en sa possession.

Inutile d’en connaître davantage sur l’histoire d’Assassin’s Creed, cela ne ferait que vous donner mal à la tête, possible même que vous me teniez pour responsable de votre céphalée.

Pas que l’histoire du long – métrage soit totalement dénuée d’intérêts scénaristiques ou de véracité historique (cependant, certains détails pourraient faire effectuer quelques sauts de carpes à d’éminents spécialistes de l’inquisition espagnole), ce qui compte ici se résume aux décors et aux scènes d’action.

image

A ce niveau – là, vous serez proprement servis, concernant notamment les poursuites sur les toits et les venelles d’une Séville reconstituée à la colonnade près. Pour beaucoup, les acteurs ont joué le vrai, effectuant nombre de leurs cascades (les conditions de tournage dantesques, les températures d’un Malte caniculaire ont eu un certain impact sur les organismes). Cela donne un rendu hyper fluide, des poursuites (je me répète, s’cusez moi) crédibles, inventives et plutôt haletantes (un peu comme si le gang des assassins était le fruit d’une improbable union entre yamakasis et elfes).

Les séquences mêlant les scènes Animus / Voyage dans le souvenir ancestral sont également fort jolies (bien que la technologie de ce bras articulé aient ses limites … Dans le jeu, le héros s’asseyait simplement à une table, ce n’était certainement pas aussi impressionnant mais se suffisait à lui – même, si vous voulez mon humble avis).

On portera également au crédit de son réalisateur d’avoir adapté les dialogues en espagnol pour les scènes se situant en Andalousie. Cela peut sembler de l’ordre du détail infinitésimal, mais je trouve l’effort suffisamment louable.

image

Pour le reste, inutile de pinailler, Assassin’s Creed reste un film d’action honnête, mais sans aucune innovation ni réelle patte d’un réalisateur. Je ne vous cacherais pas avoir été un peu chagrinée par cela … On pouvait attendre tellement de la part de Justin Kurzel, réalisateur à la filmographie encore modeste mais à l’univers extrêmement fort, tranché, parfois difficile. Ce fringant australien est le papa des Crimes de Snowtown (mon trauma de l’année 2011, très éprouvant mais percutant, je l’évoquais par ) et du sombre Mac Beth (sorti l’année dernière, un voyage au cœur de la folie d’un homme que je vous invite chaudement à visionner), je fondais donc de grands espoirs sur sa présence derrière la caméra, me disant qu’un réalisateur de sa trempe apporterait forcément un plus.

Il n’en est malheureusement pas allé ainsi, on imagine que la marge de manœuvre de Justin Kurzel s’est retrouvée limitée (par le distributeur, la franchise, Ubisoft ou que sais – je encore), en résulte un objet esthétique mais un peu fade, qui aurait (tant !) gagné à être plus aventureux et moins policé.

image

Cela donne une scène finale annonçant (claironnant devrais – je dire !) une suite, une histoire fort linéaire et des personnages – clichés (Jérémy Irons en super méchant taiseux, observant son petit monde, toujours en surplomb sinon ça aurait moins de gueule, Marion Cotillard empêtrée dans le rôle de la froide scientifique dont les débats intérieurs sont tout sauf subtils). Heureusement, reste un Michael Fassbender qui même dans la pire situation arrive à donner assez d’épaisseur au rôle pour ne pas être qu’un simple porte – manteau.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

image

En salle depuis le 21 décembre