Nocturnal Animals ...

Nocturnal Animals …

… ou comment vision nocturne.

Je ne crois pas que je pourrais vous parler des créations de Tom Ford, du moins pas de celles qui habillent les corps, assurément avec beaucoup de classe d’ailleurs.

Tom Ford, je le connais mieux en tant que réalisateur (je ne vais pas manquer de me faire crucifier par nombre de fashionistas de la planète mode) (mais pour ce que j’en ai à carrer). Depuis que l’homme a pris sa retraite de styliste stylé, il a eu la témérité de passer derrière une caméra.

Avec A single man, son premier film sorti en 2009, il s’était fait remarquer par la critique. Le long – métrage était effectivement très abouti, d’un esthétisme particulièrement léché. Cependant, j’avais trouvé l’objet assez froid, trop distant pour tout dire. En serait – il de même avec Nocturnal Animals ? Lisez et vous le saurez …

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Comme on peut aisément le constater, Susan est une belle femme. Elle est également mariée depuis presque 20 ans à Hutton (une gravure de mode lui aussi), elle a une grande fille, un métier que beaucoup jugerait passionnant (galeriste à LA) et elle possède une belle maison sur les hauteurs de la Cité des Anges. Bien, bien … Où se cache le hic ? Certainement dans le fait que Susan est à un tournant de sa vie. Et que c’est une insomniaque patentée. Cela lui laisse beaucoup de temps pour s’ennuyer ferme et se livrer à d’aimables introspections (comme celle notamment d’être totalement passée à côté de sa vie).

Quand son ex – mari qu’elle n’a pas revu depuis belle lurette lui envoie son dernier manuscrit, Susan va avoir l’occasion d’occuper ses cogitations nocturnes.

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Je ne vais pas vous balancer de but en blanc que Nocturnal Animals est le chef d’œuvre de l’année (d’abord parce que je déteste ce genre de formulation, cela veut tout dire et rien dire) (et puis parce ce serait un tout petit peu exagéré, le chef d’œuvre est quelque chose de rare, en croiser un par décennie me semble déjà un bon score) (enfin l’année est bien jeune, attendons un peu avant de nous enflammer !), toutefois, on a affaire ici à quelque chose de très fort.

Adapté du roman “Tony and Susan” d’Austin Wright, Tom Ford nous en livre une vision personnelle (époque actualisée, lieux modifiés). Il n’a aucunement abandonné son obsession de l’esthétisme, chaque plan est rigoureusement pensé, minutieusement cadré, parfaitement éclairé, les codes couleur n’en finissent pas de se répondre (notamment dans les scènes californiennes), c’est beau, simplement beau. Cet homme (qui a su créer et ajuster des vêtements à des corps) utilise maintenant cette expérience au cinéma, l’œil du styliste est là, indéniablement.

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Pour autant, Nocturnal Animals ne se résume pas qu’à sa plastique irréprochable, c’est même là qu’il se détache complètement de son élégant prédécesseur.

Car Nocturnal Animals possède du corps, du fond.

Lecture d’un roman enchâssé dans une histoire elle – même ponctuée de flash – back sur un couple qui n’est plus (récit – gigogne totalement maîtrisé !), le long – métrage s’enracine, prend son temps, en installant le spectateur dans une espèce d’attente. Les scènes s’étirent, s’étirent, faisant monter une pression insupportable, diffusant une atmosphère malsaine. Le malaise du spectateur évolue crescendo, il n’aspire plus alors qu’à un dénouement salvateur (qui rimera avec une déflagration inévitable).

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Posant de façon frontale des questions sur la violence, l’incapacité à (ré)agir, la peur qui ronge, le mensonge et les faux – semblants, Nocturnal Animals dégage une ambiance putride, aussi fascinante que dérangeante, qui flirte même parfois avec le surnaturel.

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On a droit de surcroît à un bien joli casting : Amy Adams (idéale, glamour, fragile), le très inquiétant Michael Shannon (ce type même en bermuda de boy scout arriverait à me mettre les miquettes …), le sournois Aaron Taylor – Johnson et Jake Gyllenhaal dans un rôle très métaphysico – christique dont il a le secret (ce garçon est toujours incroyable dans sa dimension physique).

De loin, Nocturnal Animals paraîtra attrayant, attirant. Au fur et à mesure que vous approcherez, vous remarquerez une odeur suspecte. Seuls les moins vulnérables pourront l’approcher de près.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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En salle depuis le 04 janvier