Ouvert la nuit ...

Ouvert la nuit …

… Ou comment Luigi l’Embrouille.

Aujourd’hui je vous propose un remède à la mélancolie*, aux températures sibériennes, à la morosité ambiante, aux débats insipides des primaires de tout bord et aux dernières frasques de l’homme au toupet jaune pipi.

Ce remède, c’est Ouvert la nuit.

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Je vous plante rapidos le décor (de théâtre). En effet, c’est là que tout commence puisque Luigi (le patron dudit lieu) est à la veille de l’avant – première d’un objet méta – cérébral écrit par un obscur auteur japonais et rien, ou pas grand chose, ne se passe comme ça devrait.

Techniciens en rogne qui fomentent un piquet de grève, metteur en scène nippon mutique qui donne ses consignes via une traductrice tyrannique, acteur – faux singe qui ne trouve rien de mieux que de se fouler une cheville … Luigi va avoir une nuit pour trouver le moyen de sauver la pièce et son théâtre.

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C’est El Magnifico Edouard Baer que l’on retrouve devant et derrière la caméra. Quelle joie sans pareille !! 

Edouard Baer s’est fait connaître il y a une vingtaine d’année sur l’antenne de Radio Nova** où, aux côtés de son comparse Ariel Wisman, il animait l’émission sous acide “ La grosse boule “. Passé par la case Canal + (et son inénarrable “ Centre de visionnage “), l’homme en a profité pour bifurquer vers le théâtre (où il a monté plusieurs spectacles aussi particuliers que jouissifs) et le cinéma (on se souvient bien sûr de son rôle d’architecte chez Alain Chabat, mais c’est dans un cinquantaine de rôles qu’on peut le retrouver).

Dès 1999, il passe derrière la caméra pour réaliser La Bostella, suivi en 2004 par Akoibon, avec Ouvert la nuit il signe donc sa troisième réalisation. Bien que provenant du même univers farfelu où la poésie embrasse l’absurde, ce dernier long – métrage se révèle plus “ construit ”, plus abordable d’une certaine manière que ses prédécesseurs.

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Edouard Baer l’avait évoqué lors de la sortie de ses films précédents, ceux – ci n’avaient pas rencontré le public escompté, ils avaient même parfois soulevé des critiques acerbes, qui reprochaient à son auteur un traitement trop confus. Je crois qu’il avait un peu souffert de ce rejet et avait préféré retourner vers le théâtre (plutôt que d’en développer de l’amertume).

Il a donc pris son temps avant de livrer Ouvert la nuit (et il a eu bien raison). Même si j’ai énormément d’affection pour ses films précédents (surtout Akoibon, ne serait – ce que pour la moustache de Jean Rochefort), force est d’avouer qu’ils étaient plus disparates, moins cinématographiques en tout cas. Edouard Baer revient aujourd’hui sans renier un instant ce qu’il est (tribun fantasque, à la merveilleuse logorrhée, au charme fou et à l’absurde chevillé au corps) mais en construisant plus de passerelles pour le rejoindre dans son monde.

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Ce qui en résulte est une réjouissante balade dans un Paris noctambule magnifié par la photo d’Yves Angelo (et oui, parce qu’en plus d’être très drôle, c’est beau), un Paris où il est possible de croiser des danseuses indiennes, un vendeur de fleurs très collant, une admiratrice assez inquiétante, un dresseur de singe psychotique et où l’on peut s’arrêter boire des coups un peu partout dans la capitale, pour causer avec la faune locale.

C’est jubilatoire (Quelle gouaille ! Quel délice pour l’oreille !!), enlevé et joyeux, à cheval entre une comédie italienne et un documentaire sur (ce que doit être) la vie quotidienne d’Edouard Baer.

Les compagnons de cette virée nocturne sont tous excellents d’Audrey Tautou, en passant par Sabrina Ouazani, Atmen Khelif ou Michel Galabru, ici dans son dernier rôle.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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En salle depuis le 11 janvier

* : Petit emprunt à Eva Bester, je suis sûre qu’elle ne m’en tiendra pas rigueur.

** : Le fantasque Edouard a repris du service sur la radio de ses débuts, il anime la matinale de Radio Nova depuis septembre avec son émission  » Plus près de toi « . Je vous mets un lien ici, n’hésitez pas à aller jeter une oreille, il y a tout un choix de bien joyeux podcasts.