Hedwig and the Angry Inch

Hedwig and the Angry Inch

« J’aime pas les comédies musicales »

« Mais t’as aimé Hedwig and the Angry Inch ? »

« Ah oui mais c’est pas pareil »

Ben si, c’est pareil*.

Hedwig and the Angry Inch est un film musical sorti en 2001. Comme beaucoup de films musicaux, il est l’adaptation d’un musical Off-Broadway** joué pour la première fois sur scène en 1998. John Cameron Mitchell, auteur, metteur en scène, réalisateur, est aussi l’interprète du personnage principal, Hedwig, une chanteuse de rock trans (d’autres acteurs ont ensuite pris le relais sur les scènes new-yorkaises, notamment Neil – Barney – Patrick Harris et Michael – Dexter – C. Hall). Je vous passe les prix et récompenses (de la pièce et du film), qui témoignent de l’intérêt médiatique et artistique de cette histoire.

Car c’est bien ça qui est central, une histoire. Et pas n’importe laquelle. Pendant 1h30, ce film nous embarque dans la vie d’Hedwig, et nous plonge plus particulièrement dans son parcours identitaire, amoureux et artistique. Au-delà de l’aspect touchant lié à l’interprétation intense et très juste de John Cameron Mitchell, c’est un film qui aborde des sujets importants : la situation des personnes trans (le nom du groupe d’Hedwig, The Angry Inch, fait référence à la cicatrice post-mutilation génitale), le contexte politique de Berlin à la période du mur, la reconnaissance des artistes, les histoires familiales douloureuses, la perte et bien sûr, et surtout, l’amour.

Ces thèmes apportent une vraie profondeur à l’histoire, mais n’occupent pas une place militante centrale. Le réalisateur place l’esthétique au cœur de son travail, qui est ici favorisée par le milieu artistique dans lequel les personnages évoluent. Les couleurs, les lumières, les costumes et les maquillages changent selon la période de vie abordée. Les moments musicaux sont remarquablement intégrés à l’histoire, et nous plongent dans des ambiances très diverses (concerts du groupe dans des lieux improbables, animations poétiques, mise en scène façon clip). Les superbes chansons composées par Stephen Trask mettent en avant les textes autobiographiques d’Hedwig sur des musiques revisitant le rock dans ses facettes glam, country, hard et folk.

L’originalité de la mise en scène, la qualité des interprétations et la classe de la bande-son font de ce film musical une référence. Quel que soit votre sexe, quel que soit votre genre, l’identification fonctionne. La force du personnage permet de dépasser l’aspect parfois caricatural, vous serez scotchés au charisme de cette chanteuse exubérante et tourmentée, du début à la fin.

Et si ça ne fonctionne pas, je vous promets de vous trouver un film musical qui vous corresponde, car oui, on mérite tous d’aimer un film musical.

Sandra

* – Loin de moi l’idée de vouloir vous convaincre d’aimer ce genre cinématographique à tout prix, mais…, mais en fait si, j’aimerais vous convaincre. Parce que le genre des films musicaux n’est pas réductible à la comédie ou à un style de film spécifique dans lequel tout le monde chanterait tout le temps en souriant. Parce que le film musical peut être drôle, ou triste, ou émouvant, ou tout à la fois. Parce que ce genre riche et diversifié existe depuis aussi longtemps que le cinéma, et mérite d’être défendu.

** : Le terme Broadway renvoie aux productions, pas seulement musicales, des théâtres principaux du quartier désigné à New York. Les théâtres off-Broadway et off-off-Broadway sont plus petits, et plus éloignés du « theater district », tant en distance que dans les conventions, permettant des productions moins commerciales et plus expérimentales.