Nothingwood ...

Nothingwood …

… ou venez que je vous présente le JCVD afghan.

Sonia Kronlund est une journaliste française qui depuis presque 20 ans, séjourne régulièrement en Afghanistan. Elle en revient avec des récits de guerre, des témoignages généralement teintés de violence et d’horreur.

Un jour, l’évidence la frappe. Ne serait – il pas possible de ramener de ce pays (duquel elle est très attachée), autre chose que des histoires de conflit ? C’est à peu près au même moment qu’une de ces connaissances lui parle de Salim Shaheen.

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En Afghanistan, Salim Shaheen est aussi populaire que peuvent l’être Chuck Norris et Sylvester Stallone réunis par chez nous. Depuis des décennies, ce personnage haut en couleur (pour ne pas dire complètement mégalomane et tyrannique) tourne à un rythme effréné des films influencés par le cinéma vu dans son enfance (principalement des films d’action asiatique et des comédies bollywoodiennes) avec les moyens du bord.

Ainsi, c’est le fiston qu’on retrouve derrière le caméscope, on égorge le 1er poulet qui traîne pour les besoins en faux sang, les comparses de toujours sont engagés comme acteurs et les gens du cru pour figurants (car, où qu’il aille tourner, Shalim Shaheen est connu comme le loup blanc et acclamé comme le messie).

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Au – delà du portrait savoureux d’un acteur ventripotent qui se prend pour Dolph Lungren, Nothingwood c’est aussi l’occasion d’un portrait en creux d’un pays laminé par des années de guerre, qui ont (presque) tout ravagés. Pourtant, si les infrastructures sont en ruine, si les moyens sont pratiquement inexistants, Shalim Shaheen et ses copains tentent de faire vivre une industrie cinématographique moribonde et d’égayer le quotidien de leurs contemporains.

Nothingwood, c’est aussi l’occasion de donner la parole à des hommes (car, ne nous leurrons pas, ici les femmes sont quasiment inexistantes), ce qui donne lieu à des échanges surréalistes et parfois ambiguës (il n’est pas toujours facile d’être une réalisatrice dans certains coins de la planète, c’est moi qui vous le dit).

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En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

En salle depuis le 14 juin, Nothingwood a été nominé à la Quinzaine des Réalisateurs 2017.