On the Milky Road ...

On the Milky Road …

… ou comment l’amour, toujours l’amour.

En élaborant cette chronique, j’ai réalisé que depuis La vie est un miracle (qui date de 2004 quand même), j’avais tout bonnement raté toutes les sorties au cinéma de l’ami Kusturica. Aucune idée du pourquoi du comment de ces actes manqués car il m’est difficile de nier l’affection que je porte à l’univers et aux idées du réalisateur … Bon. Prenons cela comme un état de fait. Et tentons de me rattraper en vous donnant envie de voir On the milky road.

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Comme on peut le constater, Kosta est un fier cavalier (en quoi un petit âne gris serait moins flamboyant qu’un pur sang arabe hein ? Je vous le demande ?). Que ce décor bucolique ne vous induise pas en erreur, malgré les apparences, le conflit fait rage et Kosta doit traverser chaque jour la ligne de front pour ravitailler sa troupe en lait.

Il s’en va donc ainsi rejoindre une ferme proche et rapporter la précieuse substance au risque de se faire trouer la paillasse. Kosta, drôle de bonhomme mutique dont le meilleur copain est un faucon, s’acquitte chaque jour de sa tâche, sans moufter (mais en croisant toute une faune bizarre, humaine et reptilienne).

Jusqu’au jour où une belle réfugiée italienne, vient troubler la quiétude (si l’on puis dire) de ce coin des Balkans.

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Kosta en perd son latin, ne sait plus à quel saint se vouer (enfin si, il aurait bien une petite idée quand même) et même si Nevesta est promise à un autre, il s’imaginerait bien l’enlever pour savourer peinardou dans la nature, une idylle napolitaine.

Vous vous doutez bien que les Dieux de l’Olympe, Zaga (le promis officiel) ainsi que quelques miliciens fort belliqueux ne l’entendent pas tout à fait de cette oreille.

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L’amour contrarié, ça fait chier … (oui, je sais, je suis un peu la reine de la formule qui claque) Voilà, ça y’est, Emir Kusturica a franchi le cap. Lui qui a été toujours un monument de pudeur, lui qui sous ses airs de grognon grizzly des Balkans s’est toujours débrouillé pour ne jamais (trop) dévoiler le coeurcoeur shamallow qui palpite sous son vaste poitrail, nous livre, à plus de 60 balais, sa première comédie romantique. En assurant, en sus, le rôle principal, et en se choisissant comme partenaire la mamamia Monica Belluci (y’a pas de mal à se faire plaisir, on le comprend).

J’en vois déjà dans le fond qui s’insurgent et poussent des cris d’orfraie : “ Non mais comment !! Quelle hérésie ! Qu’est – ce – qui lui arrive ! Ah il est bien loin Le temps des Gitans c’est moi qui te le dit !”. À ceux – là, je leur dirais d’abord de se calmer un peu, c’est pas bon de s’énerver comme ça, faut penser à votre pression artérielle.

Dans un second temps, j’aurais envie de dire qu’au contraire, c’est plutôt réjouissant comme nouvelle.

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D’abord parce qu’un réalisateur a bien le droit (si ce n’est le devoir) d’explorer de nouveaux domaines, d’expérimenter et même de se tromper.

Et puis, si Emir Kusturica s’essaye à la comédie romantique, aucune crainte à avoir, cela reste du Emir Kusturica avec toute la flamboyance, la basse – cour qui caquette, la folie, la poésie, la musique (ici signée par le fiston, Stribor Kusturica), la joie et la gravité mêlées qui font intrinsèquement ce qu’il est (la perte et la guerre ne sont jamais bien loin).

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Personnellement, j’aurais bien quelques remarques à faire au réalisateur, mais cela serait de l’ordre de la forme plus que sur le fond.

L’expérience acquise au fil des années, davantage de moyens techniques mis à disposition gomment l’aspect bricolé de ses films plus anciens, lissant l’image, la faisant apparaître sagement formatée. J’évoquerais certainement aussi des incrustations et des effets spéciaux vraiment dégueulasses qui viennent saccager l’esthétique (non Emir, tu ne te t’appelles pas James Cameron, contente toi donc de la magie de ficelles et de poulie que tu maîtrises tellement mieux …).

N’empêche, On the milky road reste une très jolie histoire d’amour, de celle qui vous revigore, qu’on trouve sacrément choupinou, où on verserait presque sa larmichette. Et ne tremblez pas pour l’avenir d’Emir Kusturica, je crois qu’il a encore plein de choses à nous raconter.

En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

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En salle depuis le 12 juillet