Rodin / Aurore / Marie - Francine ...

Rodin / Aurore / Marie – Francine …

… Ou comment soyez bienvenu(e)s dans le billet 3 en 1.

Je vous concède aisément ne pas avoir été bien productive sur le blog ces derniers temps. Malgré tout, j’ai continué à fréquenter les salles obscures. En voici un petit résumé.

RODIN

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Auguste Rodin vient d’atteindre la quarantaine, il reçoit (enfin) sa première  commande émanant de l’État (une façon d’asseoir davantage une notoriété déjà importante) : ce sera La Porte de l’Enfer, une œuvre monumentale qui va occuper plusieurs années de sa vie.

C’est à peu près au même moment qu’il prend comme élève Camille Claudel, dont il admire le travail et qui deviendra sa maîtresse, jusqu’à ce qu’une autre élève (ou l’un de ces nombreux modèles) ne prenne sa place.

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Jacques Doillon propose sa vision de l’immense sculpteur que fut Rodin en se plaçant du petit côté de la lorgnette : ses multiples conquêtes, ses relations conflictuelles avec celle qui fut sa compagne de toujours et mère de son fils, l’intransigeance (présumée) inhérente à tout grand esprit … En résulte un long – métrage assez réducteur, maladroitement lié d’ellipses parfois incongrues, ne mettant pas assez en avant (à mon goût) le processus créatif de ce grand artiste. On peut rajouter au tout un réel problème technique de son (à priori récurrent sur toutes les copies, donnant lieu dans certaines salles à des projections sous – titrées !) rendant de nombreux dialogues inaudibles. Dès lors, difficile de se retrouver happé par ce Rodin

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A défaut de ne pas pouvoir faire oublier l’incroyable interprétation d’Isabelle Adjani en Camille Claudel, celle d’Izïa Higelin reste fort honnête. Vincent Lindon quand à lui incarne avec toutes ses tripes un des pères de la sculpture moderne.

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AURORE

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Aurore frise la cinquantaine et même si elle a connu son lot de galères, elle n’a rien d’une femme désespérée ou aigrie. Non, Aurore aborde la vie de façon plutôt saine et joyeuse, malgré son jeune patron qui se comporte comme un sombre idiot (et qu’elle ne va pas tarder à envoyer bouler), malgré les frasques de sa meilleure amie (qui la mettent parfois dans l’embarras), malgré ses filles qu’elle élève seule, malgré ses hormones qui lui jouent des tours et lui font connaître la joie sans pareille des bouffées de chaleur.

Malgré tout ça et une société qui la pousse gentiment vers la sortie, ça n’irait pas trop mal si elle ne retombait sur Christophe et l’occasion de repartir 25 ans en arrière, de se questionner sur les décisions prises alors, l’occasion peut – être aussi de s’accorder le droit de (re)tomber amoureuse.

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Blandine Lenoir, la réalisatrice, est parti du constat limpide qu’il était (majoritairement) plus facile de vieillir pour un homme que pour une femme, que l’égalité face à la séparation, au fait de refaire sa vie, de sortir du chômage … n’avait rien d’égalitaire.

La réalisatrice trouvait également qu’il était bien rare dans le cinéma hexagonal d’avoir comme personnage principal une femme qui aurait dépassé la quarantaine.

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De cette réflexion est naît Aurore, un petit film lumineux, peut – être un peu cliché mais toujours vaillant et plutôt très juste. Aurore aborde l’amour et la sexualité bien sûr, mais sans pathos, ni bienveillance à outrance. Plus largement, il questionne sur une reconversion possible quand on a aucun diplôme particulier et qu’on a passé plusieurs années à se consacrer aux siens sans se préoccuper de soi.

L’idée de prendre Agnès Jaoui pour incarner le personnage principal est tout simplement judicieux, tant cette actrice incarne pleinement ce qu’est d’être une femme mature, belle, désirable et indépendante. Elle sait aussi se rendre plus fragile, notamment lors des moments passés avec Christophe (excellent Thibault de Montalabert) dans des non – dialogues particulièrement intenses.

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MARIE FRANCINE

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Restons, si vous le voulez bien, dans le gang des quinquagénaires qui se font lourder. Cette fois – ci, ça se passe du côté de la petite bourgeoisie où l’on se doit de conserver ses bonnes manières même quand on a envie de dire aux autres d’aller se faire shampouiner.

Marie – Francine aborde les rivages de ses 50 ans dans les conditions idéales : quittée par un mari qui est allé compter fleurette à la jeunesse, elle perd également son boulot et se voit obliger de retourner habiter chez ses parents (quand on voit leurs tronches, on comprend son appréhension).

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Dans cette zone sinistrée qu’est devenue sa vie, Marie – Francine croise la route de Miguel (cuisinier et cinquantenaire, retourné vivre chez papa – maman lui aussi) qui, loin de se laisser abattre par la situation, dégage un optimisme à toute épreuve.

5eme long – métrage de Valérie Lemercier, Marie – Francine est une comédie romantique carrément sympathique, même si pas tout à fait aussi décapante que peut l’être sa conceptrice (notamment sur une scène de théâtre). Toutefois, l’exercice reste chouette, drôle (notamment pour les fulgurances de Marie – Noëlle, sœur jumelle et affreusement snob, que campe également Valérie Lemercier avec le brio qu’on lui connaît en la matière) et tendre (le choix de Patrick Timsit dans le rôle du prétendant, reste à mon sens, la meilleure idée du film).

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En vous remerciant.

Pierrette Tchernio

Films sortis en salle depuis quelques semaines déjà. En cherchant bien, il est possible que certains de ces longs – métrages soient encore à l’affiche dans un ciné près de chez vous.