White Nights

White Nights

1985, j’ai 3 ans, et sur la platine familiale commence à tourner une chanson que je vais beaucoup aimer et beaucoup écouter, « Say you, say me ». Et c’est seulement une trentaine d’années plus tard que je découvre le film qui va avec la musique de Lionel Richie, et pour lequel il a été récompensé*. Ce film, c’est White nights**, et j’ai eu très envie de vous en parler, déjà parce qu’il y a ma chanson d’enfance en générique et surtout parce que c’est un bel exemple de film musical atypique***.

Le scenario suit un déroulé assez prévisible. Nikolai Rodchenko est un danseur de ballet soviétique qui a réussi à s’enfuir pour faire carrière aux Etats-Unis. Malheureusement, un accident d’avion sur ses terres natales permet au KGB de le retrouver et de l’empêcher de repartir. C’est Raymond Greenwood, déserteur de l’armée américaine accueilli par l’URSS, danseur de claquettes, qui est chargé de l’accueillir et de le surveiller (avec l’aide de son épouse Darya). Un lien va peu à peu se créer entre les deux hommes, et les amener à tenter de s’enfuir de l’URSS.

La destinée des personnages vient résonner avec l’histoire de certains acteurs, ce qui donne une jolie consistance aux interprétations : Mikhail Baryshnikov (Nikolai), a lui-même déserté la Lettonie en 1974 pour trouver asile politique au Canada, et devenir un danseur étoile reconnu ; Jerzy Skolimowski, dont l’enfance a été marquée par la guerre et la résistance face à la Gestapo, interprète ici le Colonel Chaiko, agent du KGB qui a pour mission la surveillance des danseurs ; Helen Mirren retrouve ses origines paternelles russes avec son personnage de Galina Ivanova.

Mais le film trouve sa véritable cohérence dans la place centrale donnée à la musique. Le réalisateur, Taylor Hackford, compte quelques projets musicaux, que ce soit dans les thèmes traités (biopic de Ray Charles, documentaire sur Chuck Berry) ou dans l’utilisation de chansons pour mettre en valeur certaines scènes cultes (Richard Gere qui vient chercher son amoureuse en tenue d’officier sur fond de Joe Cocker****). Dans White nights, la musique permet l’expression du désir de liberté des personnages, la sublimation de leurs angoisses et la transgression de la censure sociale.

La distribution est vraiment attrayante – pour l’anecdote il s’agit du premier rôle américain d’Isabella Rossellini – mais c’est surtout le talent des danseurs Mikhail Baryshnikov et Gregory Hines qui nous embarque. Si la confrontation sur fond de guerre froide est illustrée un peu caricaturalement par l’opposition entre un ballet russe classique conformiste et la modernité des claquettes américaines, la passion pour la danse est habitée par les acteurs. Les chorégraphies***** et interprétations prennent une place naturelle dans la diégèse du film, tout en retenue et en émotion, et permettent d’explorer différents univers musicaux, du répertoire classique à la variété américaines des années 80, en passant par la mise en valeur d’une chanson bouleversante de Vladimir Vysotsky, poète politique alors interdit.

Amoureux de la danse, amoureux des cold war movies, ou amoureux d’Isabella Rossellini, je vous conseille vivement de vous plonger dans ces nuits russes blanches et froides, pour vous faire réchauffer par la chaleur de la danse et de la vodka.

Sandra

* : Oscar de la meilleure chanson originale en 1986. La chanson « Separate Lives » interprétée par Phil Collins et Marilyn Martin et également issue du film était aussi nominée.

** : En français, « Soleil de nuit », le titre faisant référence aux nuits russes durant lesquelles le soleil ne se couche pas.

*** : Il est d’ailleurs classé la plupart du temps dans la catégorie drame.

**** : Ray, 2004 ; Hail! Hail! Rock’n'Roll, 1987 ; An Officer and a Gentleman, 1982.

***** : De Mikhail Baryshnikov et Gregory Hines en collaboration avec Twyla Tharp.